Valentino Rossi, le virtuose

Quintuple champion du monde, l’Italien Valentino Rossi détient déjà l’un des palmarès les plus fournis de l’histoire de la moto de vitesse. A seulement 25 ans

Il est à la moto de vitesse ce que Michael Schumacher est à la Formule 1. Comme le champion allemand, Valentino Rossi règne sans partage sur sa discipline. Mais la comparaison pourrait s’arrêter là. Impossible, en effet, de trouver caractères plus opposés. Si Schumacher se montre la plupart du temps sérieux et froid, l’Italien ne connaît que la bonne humeur. Et le sourire qu’il affiche en permanence donne souvent à ses adversaires l’impression qu’il se moque d’eux. Malgré ses 25 ans, il a gardé un air d’adolescent, un visage d’ange bordé de boucles bien loin de l’image que l’on se fait habituellement du motard. Anticonformiste est sans doute le qualificatif qui lui convient le mieux. Sur la ligne de départ, alors que les pilotes sont déjà au guidon de leur moto, il demeure accroupi à côté de sa machine, la tête entre les genoux. Et avec sa bande de copains, qui le suit sur tous les Grands Prix, il est passé maître dans l’art de préparer des mises en scène, toujours plus folles, pour fêter ses victoires. Ses tours d’honneur, déguisé en bagnard, en Robin des bois ou en toréador, sont légendaires. Tout comme son numéro fétiche û le 46 û, et son surnom de  » docteur « , hérité du titre honorifique  » dottore Rossi « , très répandu en Italie. Deux mots en lettres de couleur, cousues sur les fesses de sa combinaison…

Mais qu’on ne s’y trompe pas : si l’Italien est assurément un clown, c’est avant tout un fantastique pilote. Probablement le meilleur de tous les temps. A l’instar d’un virtuose avec son instrument de musique, Rossi ne fait qu’un avec sa machine. Transformant la moto en sport de glisse, repoussant sans cesse les limites de l’adhérence. Et quand la maîtrise se mêle à la folie, le mélange est explosif, et très efficace.  » Vale  » affole autant les statistiques que l’aiguille de son compteur. Depuis ses débuts en championnat du monde en 1996, à l’âge de 17 ans à peine, il a pris le départ de 125 Grands Prix. Et il en a gagné 60. Une moyenne à faire pâlir les champions de légende que sont Phil Read, Giacomo Agostini ou Michael Doohan.

Mais Rossi a surtout remporté cinq titres de champion du monde. En reproduisant, pour chaque catégorie de cylindrée, le même schéma implacable : une saison d’observation, pour prendre ses marques, avant d’assommer la concurrence l’année suivante. Neuvième du championnat 125cc en 1996, champion du monde en 1997. Deuxième du classement 250 en 1998, le titre en 1999. L’année 2000 le voit accéder à la catégorie reine, les 500cc, avec d’emblée une seconde place au classement final. Avant un nouveau sacre l’année suivante. En 2002, le monde de la moto subit un petit bouleversement, avec le remplacement des 500cc par les Moto GP. Rossi aura été le dernier à décrocher le titre en 500cc. Il sera le premier à être sacré en Moto GP. Rien ne peut alors arrêter l’Italien. En 2003, il conquiert même un cinquième titre mondial.

Mais  » le docteur  » se lasse. Il n’y a plus de challenge, gagner est tout simplement devenu trop facile. Rossi est non seulement bourré de talent, mais il chevauche aussi la meilleure machine du plateau. En novembre 2003, l’annonce de son transfert de Honda vers le grand rival Yamaha allait alors faire l’effet d’une bombe dans les paddocks. Et, surtout, soulager ses adversaires. Au guidon d’une moto réputée nettement moins performante, Rossi ne serait enfin plus invincible. Et pour beaucoup même, en changeant de team, l’Italien s’était tout simplement mis la corde au cou. De son propre aveu d’ailleurs, il ne viserait pas le titre cette année. Le premier Grand Prix de la saison, qui se déroulait le 18 avril dernier en Afrique du Sud, allait donc être riche en enseignements. Valentino Rossi parviendrait-il à limiter les dégâts ? Et qui allait prendre sa succession ? C’est alors que survint l’exploit. Incroyable, inouï. Au terme d’un duel d’une rare intensité contre Max Biaggi, son compatriote et ennemi juré sur la piste, Rossi allait finalement décrocher une victoire aussi fantastique qu’inattendue. Après avoir franchi la ligne d’arrivée,  » le docteur  » s’est arrêté pour embrasser sa moto. Comme s’il n’y était pour rien.

Christophe Bortels

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