Un mariage et deux peuples

J’assistais récemment à un mariage à l’église. Banal, direz-vous. Pas du tout : il s’agissait de l’union entre une Flamande et un Wallon et toute la cérémonie s’est déroulée dans les deux langues : le néerlandais et le français. Un dîner, qui était organisé en soirée et réunissait quelque 150 personnes, fut agrémenté d’animations également faites dans les deux langues. Ce fut beau, attachant et symboliquement émouvant. Cette belle manifestation de tolérance réciproque m’a fait penser à ces politiciens pour qui il y a en Belgique deux peuples qui ne peuvent que se séparer. Et dire que si Napoléon n’avait pas eu la mauvaise idée de quitter l’île d’Elbe, nous parlerions tous le français. Et dire aussi que si Guillaume Ier n’avait pas été tellement maladroit à l’égard des Pays-Bas du sud, nous serions hollandais et nous parlerions tous le néerlandais.

Dans les deux cas, il n’y aurait eu qu’un peuple là où certains prétendent qu’il y en a deux. Par définition, un peuple est un ensemble d’hommes formant une communauté culturelle. Si c’est la langue qui détermine une communauté culturelle, il y a quatre peuples en Suisse !

Lorsque la Belgique naît en 1830, elle se retrouve avec un problème linguistique potentiel sur les bras. On en connaît les péripéties qui ont pris un caractère aigu ces dernières années. Là-dessus s’est greffée une énorme erreur politique initiée par le parti social-chrétien, à savoir se séparer en deux ailes, une flamande et une wallonne. Cette initiative reprise par les autres partis a eu pour conséquence que les partis du nord du pays ont pratiqué une surenchère permanente dans la défense de la langue et des intérêts flamands. Et voilà comment on en est arrivé à parler de deux peuples. Je devrais dire  » reparler « , car lorsque la Wallonie dominait le pays sur le plan économique, le monde politique wallon parlait aussi de deux peuples (Jules Destrée à la Chambre en 1912). La solidarité ne se manifeste spontanément qu’entre les pauvres. Cela grince quelque peu lorsque les riches doivent soutenir les pauvres. L’époque est déjà bien loin où la Wallonie représentait la terre promise pour des centaines de milliers de Flamands qui y travaillèrent et y firent souche.

Les choses ne restent jamais dans l’état et les événements récents, comme celui de la problématique d’Opel Anvers, devraient le rappeler aux politiciens flamands. Bart De Wever qui, si je suis bien informé, est historien, semble, pour sa part, considérer que les leçons de l’histoire ne s’appliquent pas à la Flandre.

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Franz Bardiaux, par courriel

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