Un homme libre

Nadine Monfils
Nadine Monfils Écrivain et journaliste livres

Le patron de Liberty TV se livre tel qu’il est dans Chère Liberté, reflet d’un parcours autodidacte et atypique.

Il fait partie de ces hommes qui dégagent en permanence un air de vacances. Pourtant, Lotfi Belhassine, Tunisien vivant à Bruxelles, est un bosseur. Arrivé en France à l’âge de 19 ans, emportant ses illusions sur un pays qui l’a déçu au fil du temps, il n’a jamais cessé de se battre pour réaliser ses rêves.

Né à La Marsa en 1947, petite cité chic de Tunis, Lotfi Belhassine grandit entouré de ses cinq s£urs et de son frère ; d’un père, à cheval sur les règles, d’une mère, en révolte contre la société traditionnelle.

A l’âge où on joue aux billes, il se lance dans le  » business  » : il trimbale ses petits camarades sur une peau de mouton, en échange de bonbons, toupies et autres trésors de gosses. De l’école à cette époque, il garde un souvenir amer :  » C’est probablement à cause de la façon terrorisante dont est souvent enseigné le Coran qu’il faut chercher l’origine des névroses intégristes.  » Mais, au lieu d’être dégoûté d’apprendre, il se prend de passion pour Dante et sa Divine Comédie, qu’il décou- vre à la télévision. Soucieux d’en saisir toute la substance, il apprend l’italien ! Aujourd’hui, le patron parle sept langues.

Le c£ur gorgé de soleil, ce don Quichotte s’en va conquérir Paris. Il démarche des annonceurs à travers les villes universitaires de France, pour Le Carnet de l’étudiant en médecine. Plus tard, il £uvre pour que l’American Center, au c£ur de Montparnasse, s’ouvre aux artistes américains et à ceux du quartier, à travers la création d’un festival.

Puis il part en Amérique latine, les bouquins de Gabriel Garcia Marquez et Pablo Neruda dans ses bagages. Pour connaître un pays, il faut loger chez l’habitant, dit-il.  » Je ne veux pas bronzer idiot  » devient son slogan : Belhassine saute sur la proposition du ministre du Tourisme tunisien, et, en 1971, crée le Festival de jazz de Tabarka, ville côtière au nord-ouest du pays. L’idée était de construire un centre de vacances, à proximité d’un village de pêcheurs, et qui propose aux touristes spectacles et activités culturelles exceptionnelles. Miles Davis fit l’ouverture, puis Keith Jarrett, Dizzy Gillespie et bien d’autres.

Mais les programmes du festival doivent désormais être soumis à l’approbation du ministère de l’Intérieur. Lotfi Belhassine jette l’éponge et lâche le festival. Il travaille alors comme consultant pour des projets touristiques d’envergure, dont la création de Port El-Kantaoui, à Sousse, l’une des stations balnéaires les plus importantes de Tunisie.

A l’époque, Belhassine fonde ses propres sociétés – un premier hôtel en Grèce – et demande la nationalité française. Il rencontre aussi Gilbert Trigano (Club Med) qui lui enseigne qu’après tout  » bronzer idiot  » est tout aussi légitime et sûrement plus lucratif ! C’est ainsi qu’il ouvre, en 1979, le premier Club Aquarius en Grèce, puis une compagnie aérienne Air Liberté, qui connut un bel essor, malgré l’opposition des services administratifs.

Victime d’un attentat en rentrant chez lui

Avec un capital de départ de 1 million de francs, en dix ans, l’homme d’affaires a réussi à construire un groupe qui compte 18 hôtels, une dizaine d’avions, 80 agences de voyages, 4 tour-opérateurs et qui emploie quelque 5 000 personnes… Non sans frôler la mort quand il décida de prendre le contrôle de la compagnie Corse Air : un soir de novembre 1990, il se fait tirer dessus en rentrant à son domicile. Ebranlé, Belhassine largue les amarres. Mais cet hyperactif, qui avoue n’être  » heureux que dans l’action et non pas dans l’opulence « , rebondit. En 1999, il créé Liberty Channels, une plate-forme multimédia de tourisme. Sa chaîne de télévision, Liberty TV diffuse, notamment en Belgique, des programmes consacrés aux vacances et aux loisirs. Comme quoi il n’y a pas d’inaccessible étoile !

Nadine Monfils

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