Un hiver chaud à Bruxelles ?

Certains indices montrent que la capitale belge n’est pas à l’abri de nouvelles violences, comme elle en avait connu à l’hiver précédent.

Flavien, jusque-là réputé bon garçon, aurait eu 16 ans le 15 décembre. Mais il a été abattu samedi alors qu’il attaquait la bijouterie Olivet, au c£ur de sa ville, Tubize. Lundi, ses copains avaient programmé une marche d' » hommage  » au délinquant. Que cette descente vers le magasin ait été interdite n’a pas empêché quelques dizaines de jeunes gens de se réunir. Toutefois, Tubize n’est pas Bruxelles. En les appelant à la raison, la mère de Flavien a réussi à calmer les esprits. Alors que, à l’aune de ce que l’on observe dans la capitale depuis plusieurs années, un même événement aurait pu y donner lieu à de sévères émeutes.

Précisément, le tableau des faits divers se noircit à nouveau, à Bruxelles. D’abord, comme dans l’ensemble du pays, l’approche des fêtes y induit chaque année une augmentation du nombre des vols, hold-up, rackets, etc. De l’ordre de 25 % en décembre et en janvier. Le problème serait aussi presque structurel, à en croire les résultats d’une étude de chercheurs de la KU Leuven dévoilés cette semaine (et à paraître in extenso début 2011 dans le très sérieux British Journal of Criminology). Ces données disqualifient au passage l’hypothèse d’une corrélation entre la criminalité et l’immigration et montrent qu’elle serait plutôt liée au phénomène du chômage et à sa localisation. Ces scientifiques sont pourtant loin d’accuser les chômeurs, eux-mêmes souvent victimes : la perte de cohésion sociale et la paupérisation sont en cause. Or on sait Bruxelles sensible à cet égard.

Le thermomètre de l’Isib

Des indices plus ponctuels (policier agressé,  » petites  » attaques, etc.) inquiètent. Le plus parlant réside dans la résurgence des faits de racket commis en rue à l’encontre d’élèves de l’Isib (Institut supérieur industriel de Bruxelles), installé sur deux sites. L’un, tranquille, à Bruxelles-Ville. L’autre à Anderlecht. L’an dernier, dès la fin novembre et jusqu’à un déménagement en catastrophe vers Bruxelles des  » Anderlechtois « , au mois de février suivant, ses étudiants avaient été ciblés (y compris sur de sélectives bases  » ethniques « ), intimidations et rackets au cutter à la clé. Las : les louables efforts consentis par la police et la commune d’Anderlecht, qui avaient ensuite permis à l’Isib d’y reprendre pied, semblent caducs.  » Depuis le 25 octobre, mes étudiants ont été confrontés à une quinzaine de nouveaux faits « , indique au Vif/L’Express son directeur, François Debast. Des menaces. Et cinq rackets. Le 24 novembre, il a réuni étudiants, parents et profs.  » Beaucoup de choses ont été discutées, mais nous insistons sur la prévention, dans l’espoir que ça ne s’aggrave pas. Des informations ont été données aux étudiants : itinéraires à suivre, déplacements en groupe. Et je me prépare à devoir faire donner des conférences sur le thème : « avant, pendant et après une agression » « . Pour le moment, pas question d’un déménagement. Mais…

Le directeur agit avec l’appui général du corps professoral et des familles. Mais il reste lui-même surpris d’en être là, derechef :  » Même si je sais que d’autres écoles sont concernées et même si les gens de terrain de la commune et de la police font vraiment tout ce qu’ils peuvent, la société doit être vivable. Il faut qu’elle s’en donne les moyens.  » Un message au gouvernement fédéral ?

Celui-ci a en tout cas vu cinq bourgmestres bruxellois libéraux demander, le 26 novembre, la mise en £uvre complète du  » plan de sécurité  » fédéral annoncé en mars dernier. C’était après le déménagement de l’Isib, des hold-up et car-jacking mortels et même des attaques contre des policiers. Et avant les  » affaires courantes « … Or ce plan n’a pas été complètement appliqué. L’hiver bruxellois pourrait être chaud.

ROLAND PLANCHAR

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