Un fleuron sur la sellette

La fronde mondiale contre les biocarburants bat son plein. En Belgique, on s’interroge aussi : faut-il jeter aux orties l’usine de bioéthanol de BioWanze ?

L’usine d’agrocarburants de Wanze, futur fleuron de l’industrie agroalimentaire wallonne (pour l’instant en construction, elle devrait tourner dès l’automne), doit-elle rejoindre la liste des Grands Travaux Inutiles ? Au siège de BioWanze, filiale du groupe sucrier allemand Südzucker, on commence à s’inquiéter de l’ampleur des critiques qui visent les agrocarburants, accusés de contribuer à la flambée des prix des denrées alimentaires, aux quatre coins du monde. Au point qu’une brochure de quatre pages, initialement destinée à la communication interne de l’entreprise, est actuellement distribuée tous azimuts dans la Région, afin de désamorcer la guerre anti-bioéthanol et anti-biodiesel déballée chaque jour dans les médias.

La critique est connue : les agrocarburants détournent les terres agricoles de leur finalité première : la production d’aliments. Pour permettre aux habitants des pays riches, voire émergents (Brésil, Inde, etc.), de continuer à rouler tranquillement dans leurs automobiles. Un scandale, à l’heure où se multiplient les émeutes de la faim dans l’hémisphère Sud.

Comment faire la part des choses ? Primo, un agrocarburant n’est pas l’autre. On peut difficilement comparer la masse de 1,2 million de tonnes annuelles de céréales et de jus de betterave qui constitueront, dès l’automne, les matières premières de l’usine liégeoise de Wanze (1) avec les quantités astronomiques de canne à sucre brésilienne et de maïs américain qui servent, d’ores et déjà, aux déplacements motorisés d’un Brésilien sur deux et d’un Américain sur trois. Autres pays, autres bilans énergétiques, autres enjeux économiques… (Lire Le Vif/L’Express du 18 avril 2008.)

Une première wallonne Secundo, le site de BioWanze dispose de quelques atouts. Une partie des matières premières seront récoltées dans un rayon de 50 kilomètres autour de l’usine, ce qui limitera considérablement la pollution due au transport. L’installation profitera d’une autonomie énergétique presque totale, grâce à un système de cogénération (production d’électricité et de chaleur) alimenté par le son du blé, à tel point qu’elle bénéficiera de certificats verts, délivrés par la Région wallonne et au titre de généreux  » subsides « . Enfin, le bioéthanol produit à Wanze atteindra les ports flamands et néerlandais par voie d’eau, réputée moins polluante que la route. Last but not least :  » Moins de 1,6 % des céréales produites en Europe sont aujourd’hui transformées en carburants « , souligne également Christelle Noirhomme, porte-parole de l’entreprise, répondant aux accusations de  » détournement  » des terres agricoles. Chez Nature et Progrès, une association qui prône l’agriculture biologique et la souveraineté alimentaire, le scepticisme règne.  » Si l’on inclut le pétrole et les pesticides nécessaires à la culture et à la récolte de ces végétaux, le bilan énergétique du bioéthanol est négatif, s’insurge Marc Fichers, secrétaire général de l’organisation. Et d’annoncer un scénario moins réjouissant pour les cultivateurs wallons :  » Lorsque le prix de la betterave sera trop élevé, BioWanze devra s’approvisionner sur des marchés plus lointains, tel celui de la canne à sucre brésilienne.  » Finies, alors, les retombées locales et l’intérêt écologique. A la Fédération wallonne de l’agriculture (FWA), pourtant très favorable à BioWanze, on est du même avis, même si le recours à la matière première étrangère devrait, y estime-t-on, se produire seulement pendant les premières années.

Philippe Lamotte

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