Un bouchon sur la liaison Seine-Escaut

Le Pont des Trous est devenu un emblème communal. Un vestige classé du Moyen Age qui bloque toutefois la liaison Seine-Escaut, ce chantier faramineux de création d’un nouvel axe de navigation entre Paris et Anvers.

Il trône fièrement depuis le XIIIe siècle. Une tour sur chaque rive, trois arches surplombant l’Escaut les pieds dans l’eau. Le Pont des Trous avait été édifié pour empêcher l’arrivée des bateaux ennemis vers Tournai. Plus de sept-cents ans plus tard, il joue encore bien son rôle. Trop bien, même. Du moins aux yeux des concepteurs de la liaison Seine-Escaut. Un chantier titanesque, chevauchant la France, la Flandre et la Wallonie. Une priorité européenne, qui vise à créer un nouvel axe de navigation reliant Paris à Anvers pour les péniches à grand gabarit (4 500 tonnes).

Le coeur du projet : la construction d’un canal de 106 kilomètres entre Compiègne et Cambrai pour la coquette somme de 4,3 milliards d’euros. Mais aussi divers aménagements, cette fois du côté belge de la frontière. Comme l’élargissement de la Lys jusqu’à Gand. Bons élèves, nos voisins du nord ont déjà presque terminé leur tâche. Côté wallon, par contre, ça coince. Le SPW-Voies hydrauliques entend adapter un tronçon de l’Escaut pour permettre aux bateaux de 3 000 tonnes de ne plus effectuer un détour de 170 kilomètres, comme c’est le cas actuellement.

 » Un projet de 40 à 50 millions d’euros « , estime Jacques Hacourt, directeur du SPW. Une somme allouée à la mise aux normes de deux écluses (Kain et Hérinnes), l’adaptation du Pont-à-Pont et… du fameux Pont des Trous, l’emblème de Tournai figurant sur certains blasons de la ville. Or l’édifice est classé. Et cher au coeur des Tournaisiens.  » Ceux qui oseront s’y attaquer seront condamnés par la population « , prédit Marie Christine Marghem, première échevine en charge de l’Aménagement du territoire (MR).

Deux chiclettes manquantes

Une démolition pure et simple ne semble pas à l’ordre du jour. L’hypothèse d’un élargissement de l’arche centrale – la moins coûteuse – est par contre privilégiée.  » Le passage mesure 11 mètres et une chiclette et il lui manque encore 2 chiclettes « , résume l’échevine.  » Différentes solutions ont été envisagées, décrit Jacques Hacourt. Comme le contournement, long ou court, de cette zone. Mais l’endroit est fort urbanisé, il faudrait donc exproprier et on arriverait quand même au pied des maisons. Puis cela coûterait trois à six fois plus cher qu’un élargissement.  »

Un comité d’accompagnement, réunissant toutes les instances concernées, a été mis en place. Monument classé oblige, une commission spéciale devra valider les modifications proposées. Fin des travaux espérée : 2016. Si tout le monde parvient à se mettre d’accord. Car les autorités n’entendent pas être les dindons de la farce.  » Je n’ai jamais été contre le développement économique de la Wallonie, certifie Marie Christine Marghem. Mais il n’y a aucune retombée pour Tournai. Si ce n’est pour quelques carrières qui pourront acheminer leurs marchandises plus facilement. A part ça, nous pâtirons de tous les inconvénients, à commencer par les travaux interminables que le chantier va engendrer.  » Et de plaider pour une compensation accordée à la ville  » qui devra faire l’objet d’une négociation politique « .

Les riverains aussi veillent au grain. L’association Les amis de la Citadelle, qui défend un pont laissé en l’état, a déjà lancé une pétition  » qui a récolté plus de 500 signatures « , assure Philippe Pierquin, l’un de ses membres.  » Il faut continuer à mettre en valeur les vestiges qu’il nous reste. Nous sommes prêts à utiliser tous les moyens pour cela.  » Y compris un éventuel recours, lorsque le permis sera déposé…

MÉLANIE GEELKENS

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