Un acquéreur averti en vaut deux

L’offre dépasse la demande dans le Tournaisis. Un constat qui n’a pas échappé aux candidats-acquéreurs, qui font leur marché sur la base des critères qu’ils se sont fixés et dans la mesure d’un budget bien préparé. Quitte à négocier.

Dans leur analyse du marché immobilier de l’année écoulée, les notaires hennuyers relèvent, en Wallonie picarde, une légère hausse des prix par rapport à 2011 (+1,12 %). Soit une progression timide qui cache, sur le terrain, des envolées parfois plus téméraires. Ainsi, l’analyse des prix commune par commune révèle, à Tournai, une flambée des valeurs des terrains à bâtir, qui gagnent 10,53 % par rapport à 2011. Les courbes des autres types de biens sont autrement plus modérées : + 2,27 % pour les maisons 4-façades, quelque 100 euros grappillés, en valeur absolue et en moyenne, au prix au mètre carré d’un appartement neuf, un statu quo pour les maisons mitoyennes et les appartements anciens. Ces résultats partagés donnent lieu à des interprétations différentes. Gaëtan Quenon, notaire associé à Templeuve, se fait le porte- parole des impressions de ses confrères du Tournaisis et conclut à un marché  » sans réelle tendance « , confiant que  » certains parlent de légère hausse de prix, d’autres de stabilisation et d’autres encore de légère baisse « .

Si les échos divergent sur la question des prix, le bilan de l’activité immobilière met tout le monde d’accord.  » Le nombre de transactions est à la baisse en 2012, note Me Quenon. Probablement en raison du coup de frein mis par les banques à l’octroi des crédits et à la conjoncture actuelle morose.  » Les ventes se font plus rares, mais aussi plus longues.  » On observe un net ralentissement de celles-ci, acquiesce le notaire. Ce qui se vendait avant en trois mois change désormais de mains en cinq mois.  » Et de souligner, pour expliquer ce phénomène, la quantité d’offres qui inondent le marché, largement supérieure à la demande.

Une situation qui donne un avantage certain aux candidats- acquéreurs.  » Ils sont amenés à comparer les biens entre eux et à se forger leur avis « , analyse Caroline Detournay, de l’agence Carré Immobilier. Celle-ci dépeint un  » public très exigeant, qui prend le temps de chercher le bien qui lui convient le mieux, s’informe et demande conseil, est soucieux du détail « . Aucune précipitation ne s’impose. Au contraire.  » Nos clients savent ce qu’ils veulent et, à l’inverse des années précédentes, arrivent à le formuler dès le départ, en listant des critères bien définis, explique-t-elle. La raison a vraiment pris le dessus sur le coup de coeur. Les candidats- acquéreurs sont armés d’une grande connaissance du marché et d’un plan financier bien ficelé.  »

Pieds et poings liés par les cordons de la bourse

Parmi les critères les plus influents, la courtière distingue la situation, bien sûr, le nerf de l’immobilier. Les uns se tournent vers le centre-ville, très prisé, d’autres vers ses environs, immédiats ou plus lointains. A la recherche d’espace et de calme… à moins que ce ne soit de petits prix.  » Cela étant – et on le voit de plus en plus -, les économies d’énergie font également partie des préoccupations.  » Surtout quand il s’agit de villas des années 1970-1980, désuètes et énergivores. De là à considérer que le certificat de performance énergétique des bâtiments (PEB) puisse empêcher une vente de se conclure, il y a un pas… que Caroline Detournay ne franchit pas.  » Mais les gens s’en enquièrent et l’utilisent comme point de comparaison.  » Ou comme carte  » joker  » pour refréner la gourmandise de certains vendeurs, arguant des travaux de rénovation et d’isolation. Car, en définitive, ce sont toujours les finances qui ont le dernier mot.

Rien d’étonnant, dès lors, à ce que la négociation soit  » dans l’air du temps « .  » Certains candidats-acquéreurs visitent des biens qui dépassent le budget qu’ils se sont alloués, en tablant sur une discussion du prix, de plus en plus courante « , indique la responsable de Carré Immobilier. Dans la même veine, les conditions suspensives – annihilant le compromis de vente tant qu’elles ne sont pas remplies – sont tout autant répandues. Les transactions sont souvent conclues sous réserve de l’obtention d’un crédit, du versement d’un acompte ou d’autres formes de garanties pour le vendeur… comme pour l’acquéreur, d’ailleurs. Signe que les temps sont durs pour tous. Les jeunes, pour ne citer qu’eux, en pâtissent un peu plus que d’autres.  » Ils sont rebutés par le neuf et l’augmentation des charges en raison de la perception de la TVA tant sur le bien que sur le terrain, commente Caroline Detournay. Leur budget est souvent inférieur à 150 000 euros et ils n’ont pas peur d’éventuels travaux de rénovation à réaliser.  »

Les investisseurs et les personnes âgées, quant à eux, apprécient toujours autant le segment des appartements neufs. Qui affichent quelque 2 100 euros du mètre carré et se développent nombreuses en région tournaisienne.  » Si certains projets qui ont vu le jour en 2011 sont aujourd’hui, en quasi-totalité, vendus, intervient Gaëtan Quenon, il reste encore bien des appartements à vendre dans de nouvelles phases ou dans des projets qui ont vu le jour en 2012.  » Et d’ajouter que l’on trouve, à Tournai,  » toute une gamme de produits neufs, allant de l’appartement moyen une chambre sans garage à l’appartement de standing « . De quoi ravir toutes les prétentions et tous les budgets. Concomitamment,  » les garages et autres emplacements de parking enregistrent une légère hausse de prix, se monnayant entre 15 000 et 20 000 euros « , poursuit le notaire.

Les maisons 4-façades se maintiennent, alignant 225 000 à 250 000 euros en moyenne.  » Au-dessus de la barre des 250 000 euros, le marché devient plus difficile, affirme Caroline Detournay. Les visites se font moins nombreuses.  » Quid de la maison jointive, de quelque 120 000 à 125 000 euros, le bien-phare de la province de Hainaut ?  » Moyenne et sans grand confort, elle a tendance à stagner sur le marché avant de trouver amateur, les réserves en la matière jouant en sa défaveur « , déplore Me Quenon. Les ventes de terrains à bâtir se sont stabilisées en ville, les prix pouvant toutefois atteindre les 200 euros/m², contre quelque 100 à 120 euros/m² en moyenne dans la région. Les biens d’exception sont toujours autant attractifs, surtout vus depuis la France.  » Il semblerait que le centre-ville intéresse davantage de grosses fortunes françaises qu’en 2011, glisse le notaire. Les prix s’en trouvent gonflés, certains biens d’exception dépassant encore le million d’euros.  »

Enfin, au rayon des quartiers et des communes AAA, Caroline Detournay épingle la région frontalière, à laquelle l’aura de Lille profite généreusement. Mais aussi le centre de Tournai, et, en particulier,  » les biens qui jouissent d’une belle vue, à proximité d’un lieu historique ou des quais « . Les Tournaisiens purs et durs affectionnent, eux,  » les abords de la Grand-Place ou de la place Reine Astrid, ainsi que le quartier du palais de justice et sa rue Albert Asou « .

Et en 2013 ?

 » Cette tendance au ralentissement va s’accentuer, cette année, la demande ne va pas augmenter et, à la longue, les prix vont tendre vers le bas pour revenir à une certaine normale, pronostique Gaëtan Quenon, qui s’empresse néanmoins de nuancer son propos. On ne peut cependant pas parler d’une bulle immobilière en Wallonie picarde, comme ont pu le laisser croire certains médias en évoquant le marché belge. Les fluctuations restent toujours dans des fourchettes raisonnables, de 8 à 10 %.  »

FRÉDÉRIQUE MASQUELIER

La raison a vraiment pris le dessus sur le coup de coeur

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