Tueuse mais pas trop

Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

Quentin Tarantino donne une suite inégale au formidable Kill Bill 1. Le second épisode de son explosive saga mêle éclats de violence et… psychologie !

Réalisé après quelques années de silence, Kill Bill 1 avait montré d’éloquente et explosive façon que Quentin Tarantino conservait la forme et cette exubérance éminemment communicative qui avait fait de ses trois premiers films autant d’enthousiasmantes réussites. Le premier épisode de la saga de  » la Mariée « , alias Black Mamba, tueuse professionnelle laissée pour morte par ses ex-complices au moment de convoler et lancée à sa sortie du coma dans une quête vengeresse, combinait brillamment des hommages au cinéma d’arts martiaux japonais et chinois ainsi qu’au western italien. Violent, bien sûr, mais d’une manière ludique et cartoonesque excluant toute complaisance morbide, Kill Bill 1 était un cocktail détonant de cinéphilie extrême, de fétichisme assumé, de lyrisme soufflant, d’humour oblique et de constante réinvention visuelle.

Le premier film s’achevait sur une information capitale, la nouvelle que le bébé attendu par l’héroïne, au moment de sa sauvage agression par Bill et ses complices, était toujours en vie. Cet élément va dominer le suspense du second épisode, où la maîtresse en arts martiaux incarnée par Uma Thurman s’emploie, bien sûr, à éliminer les trois coupables restant sur sa liste, mais où le ton et la manière changent assez manifestement par rapport à la partie initiale du récit. L’expédition ad patres de Bud (Michael Madsen) et Elle (Daryl Hannah) reste l’occasion de scènes à la cruauté déjantée bien dans la ligne du Tarantino le plus  » cool « , le plus populaire aussi. Mais Kill Bill 2 contient aussi et peut-être surtout plusieurs longues scènes de dialogues évoquant (mais oui !) la psychologie de personnages plus travaillés humainement et émotionnellement. La confrontation finale entre la justicière dont on sait désormais qu’elle s’appelle Beatrix Kiddo et son ex-mentor et quasi-assassin Bill (David Carradine) prend ainsi une dimension intimiste et verbale qui l’oppose à celle û extraordinaire û de l’affrontement avec O-Ren Ishii (Lucy Liu) à la fin du premier film. De quoi reproduire l’effet de surprise qui frappa les spectateurs découvrant le tendre et presque profond Jackie Brown à la suite du brillant mais tout en surface Pulp Fiction. Sauf qu’ici c’est un mélange parfois inconfortable que nous livre Tarantino, l’émotion ne se faisant pas assez troublante mais freinant l’action qui reste le point fort de la saga Kill Bill. La conclusion (provisoire ?) de ce qui restera une expérience cinématographique unique est donc assez inégale, en retrait par rapport au premier épisode, même si le plaisir est toujours au rendez-vous. Un plaisir que les responsables de la commission de contrôle du film, à en croire le distributeur du film, ont décidé de rendre indûment accessible aux gamins et gamines de tout âge, par la grâce d’un classement  » enfants admis  » irresponsable autant qu’aberrant…

Louis Danvers

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