Triste gâchis!

Par Michèle Friche

Son dauphin, Armand Delcampe l’avait choisi seul, sans passer par le démocratique appel aux candidats. Fidèle à lui-même, c’est donc seul qu’il s’en débarrasse. Mauvais coup de théâtre, et nouvelle gifle à la démocratie d’une institution parmi les mieux dotées de la Communauté française! Le théâtre Jean Vilar n’est pas un objet privé. Que signifie donc cette « solitude » du grand homme de pouvoir, certes nanti d’un conseil d’administration, unanime derrière son patron? Qu’a donc fait Philippe Sireuil, jugé après un an et demi de travail, un temps dérisoire dans la mise en place de ses objectifs artistiques et publics? Les reproches perdent de la consistance à la lumière des chiffres apportés par Philippe Sireuil et non démentis jusqu’à présent par ses adversaires… Ces litiges masquent-ils d’autres enjeux?

On n’exclura pas un accès de jalousie du bouillant père fondateur du Jean Vilar face à l’accueil parisien de la superbe production d’ Hedda Gabler, signée du dauphin Sireuil, face, aussi, aux succès obtenus par ses dernières mises en scène, plébiscitées hors de nos frontières. Est-ce bien digne d’Armand Delcampe qui eut, en son temps, de semblables reconnaissances internationales? Passer la mainn’est, certes, pas un acte aisé pour qui ne respire que par le théâtre, sur et hors du plateau. Mais ne pas laisser « son » enfant prendre une autre voie que la sienne, c’est, in fine, afficher un certain mépris du public. Le théâtre est un art vivant, il a un besoin permanent de ressources neuves, et trente ans d’un passé tantôt glorieux, tantôt moins, ne sont pas un argument d’horizon artistique. En l’appelant à ses côtés, Armand Delcampe n’avait d’ailleurs pas exigé de Philippe Sireuil qu’il se mue en son clone, au contraire, prétendait-il…

Gérer la transmission d’un patrimoine « public » est, aussi, un acte politique. Le ministre des Arts de la scène, Richard Miller, se lave, lui, les mains de toute intervention: peu crédible, quand on a des représentants au conseil d’administration du Jean Vilar, qu’on ne cache pas son souci de mieux contrôler la gestion des subventions aux théâtres (voir le fameux décret des arts de la scène) et que l’on a difficilement avalé les reproches d’un Sireuil, monté en première ligne lors des soubresauts de « l’affaire » du Théâtre national! Est-ce aussi pur hasard que l’un des conseillers du même ministre révèle naïvement son intérêt pour la direction du Jean Vilar? On aimerait ne pas croire à cette confusion d’intérêts, pas davantage qu’y mêler la triste histoire de l’Atelier-théâtre Jean Vilar.

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