Tout un bohème

Dans une ambiance de Far West et de nuits à la belle étoile, Jim Harrison promène Chien Brun, l’Indien réfractaire

L’Eté où il faillit mourir, par Jim Harrison. Trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Brice Matthieussent. Christian Bourgois, 325 p.

Le délectable Jim Harrison a inventé une nouvelle école littéraire, ô combien atypique : l’école buissonnière. On y apprend à désapprendre, à se dépouiller, à renouer avec la vie sauvage en dormant à la belle étoile, sous les caresses du vent. Et si les héros de Big Jim nous enchantent, c’est parce qu’ils sont des routards célestes qui ne cessent de tourner le dos aux pesantes contraintes de la civilisation. Parmi eux, un éternel réfractaire nommé Chien Brun, qu’on retrouve souvent dans les livres de Harrison : rusé comme le coyote, dodu comme le grizzly, cet Indien métis est un outlaw, un braconnier impénitent qui s’ingénie à rouler dans la farine les flics et les juges du Michigan, une terre dont il connaît les moindres ruisseaux.

 » Né pour ne pas coopérer avec le monde « , Chien Brun vient de ressortir de sa niche : le revoilà, toujours aussi roublard, dans L’Eté où il faillit mourir. Assis sur une souche de pin, près de sa caravane, il souffre le martyre à cause d’une méchante chique qui va lui faire exploser la mâchoire. Belle occasion pour vider sa fiole de whisky et filer chez la dentiste du coin, une allumeuse en surchauffe qui ne se contentera pas de brandir sa fraise en sa compagnie. Mais Chien Brun restera inconsolable, parce que les affreux bureaucrates de la contrée veulent lui arracher la petite Baie, une gamine handicapée dont il a la chargeà Comment leur échapper ? Réponse dans cette délicieuse novela où Harrison fait l’éloge de la désobéissance, en frottant sa plume aux décors magiques d’un far west encore légendaire.

Aux robinsonnades de son héros fétiche l’auteur de Dalva ajoute deux autres récits très différents. Dans le premier, Epouses républicaines, il prouve qu’il est un maître du monologue intérieur, en donnant la parole à trois bourgeoises BCBG qui, à tour de rôle, se sont fait blouser par le même homme. Et, dans Traces, Harrison signe un autoportrait pudique où il évoque son enfance émerveillée au c£ur du Michigan, ses débuts d’écrivain et ses années de galère dans la jungle littéraire américaine. Il sut lui échapper. Et rester un indomptable gambergeur, le dernier bohème d’outre-Atlantique. l

André Clavel

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