Tout est dans le regard

Dans cette £uvre superbe, Raphaël illustre deux épisodes de l’Evangile de saint Matthieu : La Transfiguration (1517) de Jésus – qui donne d’ailleurs son titre au tableau – et la supplique que lui adresse un homme, afin d’obtenir la guérison de son fils épileptique. On imagine la scène : l’adolescent, en pleine crise, est poussé dans la hâte, par ses proches, au-devant du Seigneur. Sa raideur est fugace : dans quelques secondes, il va retrouver une apparence ordinaire. Sans doute, un instant plus tôt, venait-il de montrer les mêmes symptômes effrayants…  » L’enfant a le bras levé. C’est très évocateur des crises du lobe frontal, qui sont parmi les plus brèves, mais qui peuvent aussi survenir une dizaine de fois de suite.  » Le Pr Geneviève Aubert, du laboratoire de neurophysiologie clinique des cliniques universitaires Saint-Luc, à Bruxelles, apprécie visiblement le  » rendu  » d’un phénomène pris sur le vif. Dans cette  » crise partielle avec manifestation motrice « , il n’y a, finalement, que le regard du gamin qui choque : la divergence des yeux – un à gauche, un à droite – ne colle pas.  » Ils devraient suivre la même direction, explique la neurologue. Raphaël a sans doute voulu accentuer le caractère dramatique de l’événement.  » Pour le reste, la bouche ouverte (qui signe autant l’angoisse de la victime que son incapacité momentanée à parler), ainsi que la foule qui pointe l’enfant du doigt (révélatrice du stigmate qui pèse encore de nos jours sur la maladie), correspondent bien à la réalité.

En effet, qu’il s’agisse d’une manifestation légère (provoquant, par exemple, une hallucination, un mouvement incontrôlé du pouce, une impression de  » déjà vécu « ) ou de ce que le public nomme  » grand mal  » (la crise généralisée tonico-clonique avec chute, perte de connaissance, bave et secousses), l’épilepsie fait peur. Les gens ont tendance à la cacher.  » Or cette maladie frappe 1 individu sur 200 ! précise le Pr Aubert. Notre pays compte 50 000 épileptiques, en majorité des enfants et des vieillards, chez qui les crises sont répétitives.  » Et les causes, multiples : traumatisme, intoxication, tumeur, hémorragie, malformation cérébrale insoupçonnée…

A l’époque de Raphaël, le mal est toutefois jugé diabolique. Le  » possédé  » subit exorcismes, séjours en asile ou… finit au bûcher. L’épilepsie ne sera bien comprise qu’à la fin du xixe siècle, lorsque John Hughlings Jackson aura l’intuition d’une décharge paroxystique de certains neurones du cerveau. En 1928, la mise au point de l’électroencéphalogramme confirmera son hypothèse. A présent, dans un grand nombre de cas, la chirurgie et une foison de nouveaux médicaments permettent d’en juguler très efficacement les crises…

V.Co

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