Toujours plus proche

Lettre personnelle à Pascal Crochet, après avoir participé à son spectacle-expérience L’Eloge de l’intime, l’autre soir, au théâtre Océan Nord

L’Eloge de l’intime, au théâtre Océan Nord, à Bruxelles, jusqu’au 8 mars. Tél. : 02 216 75 55.

Cher Pascal, je me permets de te tutoyer parce que c’est en tant que spectateur que je t’écris. Et le spectateur que je fus, mercredi soir, de la rencontre singulière que tu as mise en scène s’est fait gentiment tutoyer par les trois comédiennes du spectacle, Cécile Leburton, Béatrice Didier et Alice Hubball. Je te rends donc la délicatesse. J’avoue avoir eu quelque mal, au début, à trouver ma place dans l’espace vide de trente mètres carrés où l’on a invité le public – limité à 25 personnes ! – à entrer. Heureusement, les chaises pliantes appuyées contre les murs ont été déployées. Ouf ! Nous avons pu nous asseoir. Etions-nous au théâtre ? Il n’y avait aucun repère habituel : pas de gradins, pas de scènes, pas de coulisses… Les comédiennes ne nous ont pas raconté d’histoire non plus, comme cela se passe d’ordinaire au théâtre. Elles ont évolué entre nous, nous chuchotant des mots à l’oreille, effleurant nos épaules de la main, nous montrant des parties de leur corps, nous fixant droit dans les yeux, individuellement, avec insistance. Et nous souriant longuement. Alice m’a même dit des mots que j’ai été le seul à entendre. Les autres ont eu leurs apartés à eux. Il y eut un échange vrai. Unique. De spectateurs nous sommes devenus partenaires. Tout en douceur. Sans contrainte. Juste par invitation. Tout comme les autres partenaires sans doute, au cours de ce manège anodin, je me suis senti exister. Regardé. Considéré. Presque aimé… La rencontre fut, cependant, trop brève pour l’amour. Et puis, ce n’était qu’un jeu. Sans prétention. Juste pour le plaisir. Le plaisir de l’intime. Cette intimité que la télévision nous a fait perdre et que le théâtre nous rend, de par la présence charnelle, vivante des comédiens. Par leur sensualité aussi. Leur érotisme. Leur proximité. Dans l’expérience que tu mènes, la distance entre comédiens et spectateurs est réduite à sa plus simple expression. C’est un retour à l’essence de la relation, par la poétique des corps. Merci pour ce cadeau vertigineux. Merci aussi à Fabienne Verstraeten pour la dramaturgie. Bien intimement.

Ph. C

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