THE SELFISH GIANT

Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

Deux gamins s’improvisent ferrailleurs dans ce très beau film anglais sur l’enfance en danger.

DRAME DE CLIO BARNARD. AVEC CONNER CHAPMAN, SHAUN THOMAS, SEAN GILDER. 1 H 31.

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Sans doute ne faut-il pas chercher plus loin le premier grand coup de coeur de 2014! The Selfish Giant s’inscrit dans la meilleure tradition du cinéma réaliste britannique et du film sur l’enfance, deux voies remontant au même Ken Loach et à son formidable Kes de 1969. Clio Barnard y suit deux gamins d’un quartier populaire et déshérité de Bradford, au Nord de l’Angleterre. Arbor et Swifty ont 13 ans et pas mal de problèmes à l’école, dont ils seront bientôt renvoyés. Rebelles aux structures et à la discipline, attirés par une vie libre et aventureuse, les deux adolescents en plein décrochage vont vouloir travailler pour un ferrailleur, organisateur aussi de courses clandestines de chevaux sur les routes peu fréquentées de l’arrière-pays. A l’aide d’une charrette tirée par un de ces animaux, Arbor et Swifty ramassent désormais çà et là du métal sous toutes ses formes. Un butin qui leur est payé au poids une fois qu’ils l’ont livré. Mais la police, les services sociaux, ne goûtent pas cette activité illégale. Et surtout, le petit monde des fournisseurs de ferraille est très compétitif. La concurrence y est rude, les risques qu’on est tenté d’y prendre se font de plus en plus grands, notamment quand le cours élevé du cuivre fait oublier les périls que sa récupération fait courir…

Clio Barnard allie dans son film un remarquable sens narratif et une capacité encore plus admirable à regarder le monde à travers les yeux de ses jeunes protagonistes. Son approche formelle pour The Selfish Giant est  » un choix délibéré d’arpenter la ligne un peu trouble et indistincte séparant la fiction de la réalité « .  » Je ne sais pas si je crois fondamentalement au réalisme « , déclare celle qui voit  » se dérouler en permanence un processus de transformation, une alchimie particulière à l’oeuvre entre le réel et la construction artistique qu’est un film. Que ce dernier soit une fiction ou un documentaire ne faisant pas de vraie différence sur ce point.  » Conner Chapman crève l’écran dans le rôle d’Arbor, amoureux des chevaux et rêveur en plein jour dans une société aux réalités implacables. Les paysages des alentours de Bradford offrent un décor naturel très riche à une caméra dont des filtres bien choisis colorent la prise de vue attentive. Et le mélange d’âpre naturalisme et de poésie sauvage donne au récit des allures de conte moderne. Evoquant Ken Loach mais aussi parfois le Truffaut des Quatre cents coups, The Selfish Giant captive intensément, touche au plus juste et nous laisse bouleversés. Une expérience cinématographique et humaine à partager d’urgence ! Et la révélation d’une réalisatrice au talent des plus prometteurs. Clio Barnard étant la nouvelle voix féminine d’un cinéma de l’enfance dépourvu de sentimentalisme, comme put l’être voici quelques années sa collègue écossaise Lynne Ramsey avec son tout aussi percutant Ratcatcher.

LOUIS DANVERS

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