Stratégies amoureuses

Qu’en est-il du vrai et du faux quand il faut juger de nos sentiments dans les relations au quotidien ?

Sébastien Asselbergs, BruxellesAu quotidien, la recherche du vrai et du faux n’est pas une fin mais un moyen pour construire, renforcer ou justifier une relation. Deux facteurs sont en jeu : notre stratégie relationnelle et l’incertitude quant à celle d’autrui. Comment les dissocier sachant qu’on n’a pas, et de loin, le même pouvoir sur les deux ? Imbriqués et changeants, nos sentiments ont du mal à identifier le vrai du faux… sauf par moments.

Notre stratégie relationnelle se fonde sur des objectifs variés, sur le sentiment – clair ou plus ou moins inconscient – de notre évolution intime et surtout sur la nature de ces relations. Celles-ci se situent sur trois plans : amoureux, affectif et social. L’amour entre conjoints est, à la fois ou successivement, passionnel, désirable et incertain. Si on peut vivre sans trop de difficulté le passage de la passion au désirable (la poursuite du rapport amoureux), il est difficile pour chacun de s’assurer de la qualité du sentiment chez le conjoint car il connaît la même mutation des sentiments mais selon une alchimie que nous pouvons, au mieux, supputer. Ici, le vrai et le faux sont dans une brume propice à une stratégie qui vise à renforcer… ou à défaire ces liens, en ayant conscience que cette stratégie s’entremêle à celle de l’autre. Entre parents et enfants, la vérité des sentiments évolue pour se raffermir ou s’altérer au gré des changements que la vie opère. On continue à les aimer malgré telle ou telle attitude ou on devine comme un relâchement. Que désirons-nous ? Quelle est notre stratégie intime, au-delà de la leur ? Agissons-nous par amour ou par habitude. Que vaut l’idée du vrai et du faux quant à la nature de nos sentiments ? Peut-on même la saisir ?

L’amitié, elle, se situe dans le vaste domaine qui va des affinités les plus profondes à l’intérêt. Là aussi, il n’est pas évident que nous soyons à même de qualifier notre attitude et celle de l’autre, selon les normes de la vérité ou du mensonge. Mais tant que notre stratégie nous porte à conserver tel lien amical, nous agissons comme si… avec toujours l’intrusion de la stratégie de l’autre. Sur le plan social, on peut penser que la nature de nos sentiments est plus claire, plus objective. Il faut s’aveugler consciemment pour ne pas voir ce qu’il y a de vrai ou de faux (d’intéressé) dans notre conduite. Notre stratégie est indépendante de celle que mènent ceux avec qui nous avons un quelconque rapport social. Ici, nous rejoignons le domaine du vivre ensemble, qui est politique et non affectif.

Jean Nousse

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