Souris des villes

Vous avez déjà entendu parler de Celebration, une ville de Floride belle comme un conte de fées ? Ses allées de briques rouges invitent à la promenade entre ses demeures patriciennes. Ses rues bordées d’arbres, d’une propreté méticuleuse, vous conduisent à l’artère commerçante, construite dans un style début de siècle (le siècle dernier, évidemment ! ) tout à fait artificiel, mais très joli. Parmi les magasins, il y a une boutique de poupées, mais pas de librairie, probablement parce que les livres, franchement, c’est trop triste.

Comme on est en Floride, le soleil ne manque jamais. Même que cette météo trop clémente a forcé les créateurs de la ville à coller des souffleries sur les lampadaires. Des souffleries qui, chaque année en décembre, projettent dans les rues des flocons de neige artificielle. Et chaque automne, les mêmes machines crachent de belles feuilles mortes, d’un roux somptueux. Bref, Celebration donne à ses habitants l’impression de vivre en permanence dans un parc d’attractions, toujours nickel, et où tout le monde sourit tout le temps.

Ce qui n’est pas vraiment un hasard : c’est la société Disney qui, dans les années 1990, a créé la ville. Et, pour présenter cette cité idéale (qu’elle vient de revendre), la société a même créé un concept. Elle parle de  » nouvel urbanisme « . Probablement parce que  » immobilier infantilisant « , ça sonne tout de suite moins bien.

Et, franchement, on se demande ce qu’on attend pour créer l’équivalent de Celebration en Belgique. Après tout, chez nous aussi, le réel est parfois un peu triste, et nombreux sont nos concitoyens qui préféreraient aller habiter dans un rêve. Le climat belge vous gratifie de 360 jours de pluie par an ? Dans la version belge de Celebration, des gros spots vous garantiraient l’été toute l’année (sauf en décembre, où la neige artificielle tomberait à gros flocons). Les infos vous dépriment ? A Celebration Belgium, les JT seraient brouillés. Et, pour éviter tout risque, seule RTL serait disponible sur le câble. De temps en temps, Guy Verhofstadt viendrait saluer les enfants sur Main Street et leur dire que tout va bien chez nous. Parfois, Louis Michel l’accompagnerait pour expliquer que la Belgique est respectée et écoutée par les autres nations. Il n’y aurait que Rudy Demotte qu’on cacherait, histoire de ne déprimer personne.

A ce moment, enfin, toutes les compagnies aériennes pourront faire faillite sans que personne s’énerve : qui aura encore envie d’affronter décalages horaires, douaniers hargneux et maladies exotiques pour s’évader du quotidien ? A Celebration Belgium, le quotidien sera aussi une prison. Mais personne n’aura envie de s’évader.

De Marc Oschinsky

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