Se muscler sans effort ?

Des abdos en tablettes de chocolat et des biceps en béton sans le moindre effort ? C’est ce que nous promettent avec conviction, sur les chaînes de télé-achat ou sur Internet, des athlètes bodybuildés. Ne vous laissez pas berner !

Le principe de l’électrostimulation est simple. Quand nos muscles se contractent, ils répondent à une stimulation nerveuse qui vient du cerveau sous la forme d’un micro-courant électrique. Les électrostimulateurs vendus dans le commerce imitent ce processus mais, comme le précise le Pr Pierre Lievens, du service de revalidation motrice de la VUB, sans pouvoir atteindre le but recherché, et ce pour différentes raisons.

S’entraîner avec 100 grammes ?

Un électrostimulateur, c’est une sorte de brassard contenant des électrodes, que l’on enroule autour de son ventre, son bras, ou tout autre zone que l’on souhaite stimuler et qui provoque des petites contractions des muscles via de petites secousses électriques. Totalement insuffisantes, d’après le Pr Lievens :  » Pour que ces contractions soient efficaces en termes de musculation, il faut des pulsations de 10 millisecondes. Or ces appareils ne délivrent que des secousses de quelques millionièmes de secondes, beaucoup trop courtes pour avoir un effet. C’est un peu comme si on s’entraînait avec des haltères de 100 grammes… « 

Les périodes de pause entre les contractions sont aussi un élément crucial dans une musculation bien conduite.  » Après 6 secondes de stimulation, il faut une pause de 6 à 12 secondes pour favoriser la circulation du sang dans la masse musculaire.  » Donc, passer toute la soirée devant la télévision en stimulant ses muscles passivement mais en continu n’est certainement pas une bonne solution. D’autant plus que, toujours selon Lievens, cela peut même mener à une acidification néfaste des muscles.

Services rendus

L’électrostimulation a pourtant fait ses preuves, notamment dans le domaine de la revalidation motrice.  » Quand quelqu’un doit passer un certain temps avec un plâtre, par exemple, sa force et son volume musculaire vont décroître. Avec de l’électrostimulation, on peut prévenir cette atrophie en maintenant un certain niveau d’activation des fibres musculaires « , explique Lievens. L’électrostimulation peut également venir en complément d’un entraînement classique :  » Il est établi que, pendant un entraînement actif, seules 70 % des fibres musculaires sont mises en action. En combinant l’électrostimulation aux mouvements actifs, on peut recruter davantage de fibres. On peut aussi combiner les mouvements actifs et passifs pour un effet additionnel, par exemple en contractant volontairement les muscles au moment où l’on sent que l’appareil les contracte. « 

Le Pr Marc van Leemputte, du département de Revalidation de la KUL, met quant à lui le doigt sur une autre lacune des électrostimulateurs employés comme méthode de musculation :  » Un aspect essentiel du renforcement musculaire est la collaboration entre le muscle et le cerveau. Celui-ci reçoit un feedback de la part des muscles qui se contractent, et répond en dosant l’effort. De cette manière, la contraction est répartie de manière harmonieuse entre les fibres au travail. Une stimulation artificielle ne peut pas tenir compte de ces subtilités, qui sont pourtant indispensables pour que les cartilages et les os ne soient pas soumis à des déséquilibres. « 

600 sit-ups ?

Contrairement à ce qu’affirment les publicités racoleuses, un électrostimulateur ne pourra donc jamais remplacer un véritable exercice de musculation.  » Pour obtenir un développement musculaire digne de ce nom, l’intensité de la stimulation devrait être tellement élevée que cela serait douloureux, avec, en prime, des risques de brûlure cutanée. De telles expériences ont été menées dans les années 1960 en Union soviétique… « , poursuit Marc van Leemputte.

On ne peut pas non plus accorder le moindre crédit aux arguments de vente selon lesquels ces appareils pourraient faire perdre en un temps record des kilos superflus. D’ailleurs, certains fabricants ont déjà été condamnés pour promesses fallacieuses, aux Etats-Unis, par la Federal Trade Commission, un organisme qui protège les droits des consommateurs. Les tribunaux ont estimé que tant les affirmations selon lesquelles l’appareil pouvait remplacer l’exercice que celles sur l’amaigrissement étaient abusives, et ont requis des amendes salées. Le superbe athlète bodybuildé que vous voyez affirmer, sur votre petit écran, que 10 minutes avec son appareil valent 600 sit-ups, a certainement derrière lui des heures et des heures d’entraînement classique, ce qui reste encore la seule et unique manière de se forger un corps de rêve…

Dieter de Cleene /KR

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