Russie : l’arme énergétique

En décidant de suspendre, le 1er janvier, ses livraisons de gaz à l’Ukraine, la Russie a créé une onde de choc. Par voie de conséquence, l’approvisionnement de la Hongrie a chuté de 40 %, celui de la Pologne, de l’Autriche, de la Slovaquie, de la France et de l’Allemagne est affecté. Même si Gazprom, géant russe sous le contrôle du Kremlin, s’est engagé à rétablir le débit, la crise atteint l’Union européenne. L’accord russo-ukrainien, révélé le 4 janvier, a désarmorcé la crise. Pas le constat.

Depuis plusieurs mois, Gazprom a décidé un relèvement brutal des tarifs qu’il applique à ses clients de l’espace ex-soviétique. N’étant pas égal pour tous, il apparaît en rapport direct avec leur vulnérabilité et leur degré de résistance à l’influence de Moscou. Cible prioritaire, l’Ukraine a finalement accepté de payer 230 dollars les 1 000 mètres cubes, alors qu’un accord antérieur les lui garantissait à 50 dollars jusqu’en 2009. Cette situation risque de coûter cher à la coalition Notre Ukraine du président Viktor Youchenko, lors des législatives de mars prochain. Kiev s’étant tourné vers le Turkménistan pour y acheter davantage de gaz, Gazprom a aussitôt riposté en multipliant par quatre, en 2006, ses importations en provenance de cette république d’Asie centrale, de façon à réduire les quantités disponibles.

Les tarifs imposés à la Géorgie, aux Etats baltes, à la Moldavie se situent entre 110 et 160 dollars. Tous ces pays ont participé, en décembre à Kiev, au lancement de la Communauté de choix démocratique, perçue au Kremlin comme une machine antirusse. Malgré ses liens étroits avec Moscou, l’Arménie serait aussi visée. Seule la Biélorussie, dictature isolée en Europe de l’Est, bénéficie d’un traitement de faveur à 47 dollarsà

Atout majeur de la politique menée par Vladimir Poutine, qui a envoyé le magnat pétrolier Mikhaïl Khodorkovski dans un camp de Sibérie, l’énergie est le dernier levier de l’hégémonie russe. Moscou veut en faire l’instrument d’une reconquête. Recruté par Gazprom, l’ex-chancelier Gerhard Schröder a ainsi été récompensé pour avoir signé, dix jours avant les législatives allemandes, un accord permettant la construction, d’ici à 2010, d’un gazoduc germano-russe. Lequel, affirme un expert moscovite,  » assurera la souveraineté économique de la Russie  » sur l’Union européenne. Mais l’arme énergétique pourrait se révéler à double tranchant.

Sylvaine

Sylvaine Pasquier

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