Ron Rash, grandeur nature

La nature est reine dans les romans de l’américain Ron Rash. Le dernier en date ne fait pas exception. Un drame y arrache les masques de ses héros. Et leur nudité renvoie à notre fragilité et celle de l’environnement.

L’écrivain israélien Amos Oz aimait commencer sa journée par une promenade dans le désert. Ron Rash préfère un cadre plus vert. Né en Caroline du Sud, en 1953, il est viscéralement attaché à ses recoins sauvages. Il confie qu’enfant, il a passé » tant de moments solitaires dans les bois, que c’est un bon entraînement pour devenir écrivain. J’ai besoin de me séparer du monde pour écrire.  » Cet amoureux de Shakespeare s’impose peu à peu sur la scène romanesque américaine à travers sa poésie, ses nouvelles et ses romans. Ceux-ci mettent en avant des conflits humains dans un décor naturel (comme dans Le monde à l’endroit ou Serena, adapté au cinéma). Des histoires puissantes servies par une plume limpide et gracieuse. Un goût pour l’authenticité qu’on retrouve dans son sourire chaleureux ou son style rangers.

 » La littérature permet de clarifier la complexité, dit-il. C’est en quittant le mouvement de la vie, qu’on peut approfondir les choses. Nos existences semblent si superficielles… Voyez les politiques qui veulent tout simplifier. L’artiste doit nous ramener vers l’incertitude, les contradictions et le mystère.  » Modeste, l’auteur ne pense pas  » pouvoir trouver la vérité, mais au moins l’approcher « . D’autant qu’elle est d’une incroyable multiplicité, comme en témoigne son nouveau roman, Le chant de la Tamassee, situé en Caroline du Sud.  » Il était difficile de croire qu’il puisse exister un lieu plus pur « , écrit-il. Or, l’harmonie se brise lorsqu’une enfant se noie dans cette magnifique rivière, dont elle devient prisonnière. Ron Rash y voit le symbole d’un entre-deux.  » D’après la mythologie celtique, un conduit fluvial relie le présent au passé, les vivants aux morts.  »

Une grand-mère animiste

Telle une statue de sel, coincée dans l’eau, la fillette noyée cristallise les crispations. Celle de ses parents voulant détourner la rivière, pour récupérer son corps, et celle des écologistes militant pour sauvegarder le site naturel. Ron Rash amplifie ainsi un fait divers, en pointant l’enjeu que constitue l’environnement.  » Il faut préserver la nature pour trouver sa place dans le monde. Or, la technologie nous donne l’illusion qu’on n’est pas relié à elle. Si on blesse la nature, on se blesse soi-même ! « L’auteur regrette notre arrogance actuelle :  » On pense pouvoir maîtriser la nature, or il suffit d’un ouragan ou d’un tremblement de terre pour nous prouver le contraire. « Il ne cache pas son inquiétude quant à l’avenir de ses enfants. Il aimerait croire au changement, mais craint que ce ne soit trop tard.

Bien qu’il n’existe pas de parti politique vert aux Etats-Unis, de multiples mouvements écolos agissent localement.  » Cette conscientisation, à petite échelle, se heurte toutefois au pouvoir des industriels.  » Ron Rash, qui vit parmi les ours, a lui-même été initié par sa grand-mère animiste.  » Un respect de la nature qui transcende tout. « On la retrouve dans l’ensemble de ses romans,  » mais l’artiste n’est pas un propagandiste « . Il se passionne plutôt pour la nature humaine,  » qui me semble plus mystérieuse et complexe que jamais. A l’instar de la rivière Tamassee, nous traversons des mutations fluctuantes « .

Dans le conflit qui oppose les protagonistes du Chant de la Tamassee, il n’y a ni bons ni méchants, juste des êtres défendant leurs convictions. Maggie et Allen couvrent l’événement. Ces journalistes chevronnés ne s’attendaient pas à être emportés vers le terrain miné des sentiments cachés. Comment pardonner et faire le deuil du passé ?  » L’amour peut nous soigner « , soutient Ron Rash.  » Même s’il nous rend vulnérables, il fait de nous de meilleurs êtres humains. Ce roman débute par un drame, or il se veut plein d’espoir car nous portons en nous le pouvoir de rédemption. « 

Le chant de la Tamassee,par Ron Rash, éd. Seuil, 233p.

Kerenn Elkaïm

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