Responsable, pas coupable ?

Quelle différence entre responsabilité et culpabilité d’un point de vue philosophique et existentiel ?

Marc Querton par e-mail

Une complicité évidente et inavouable s’affirme entre ces deux mots. L’existentiel de tout individu, pour employer un terme plus technique (et un peu pédant), dit la tension permanente entre les deux, grâce à quoi la liberté est davantage qu’une illusion.

Est responsable celui qui agit, et fait agir, par rapport à une situation donnée, c’est-à-dire par rapport aux événements qui en découlent. Il sait û il doit savoir û en outre que, dans la sphère même de sa compétence, quelque chose peut advenir qui fera tourner en son contraire l’objectif assigné. Ainsi, celui qui est chargé de veiller à la sécurité des personnes sait qu’il ne peut la garantir totalement. Mais s’il en décline la responsabilité, il reportera sur d’autres épaules l’action nécessaire. Quant à son acceptation, elle peut s’avérer périlleuse, c’est pourquoi on lui accorde des compensations : pouvoir, honneurs, argent.

La culpabilité est l’autre face du comportement humain dans la mesure où la responsabilité û ici û s’accompagne d’un savoir dévastateur : tout ou une part de la démarche va sciemment à l’encontre du but recherché. Responsable (d’un secteur) de la santé publique, je sais que tel ou tel danger n’est pas à écarter. Je sais aussi que, si j’interviens, ma démarche risque de ne pas être comprise du public ou mal reçue par les autorités. Et je laisse aller les choses. Un mal pouvait naître de mon comportement (ou de ma passivité) et je n’ai rien fait pour l’éviter ou le combattre. Il y a donc faute, dit l’accusation. Mais comment savoir, rétorque la défense, si ma façon d’agir (d’assumer mes responsabilités) peut induire le contraire du but poursuivi ? Ainsi se comprend le cri du c£ur poussé par une ministre française, à l’époque du scandale du sang contaminé :  » Je suis responsable, mais pas coupable.  » On a beaucoup épilogué à ce propos. Actuellement, à propos de dysfonctionnements divers, les responsables û en gros û ont la même attitude.

La position n’est pas tenable. En effet, au-delà d’un comportement qui va volontairement à l’encontre des objectifs poursuivis, tout responsable sait qu’il est difficile, voire impossible, de faire face aux imprévus ou aux imprévoyances. Ne pas en tenir compte, c’est être, en partie, coupable de l’échec. Si, dans notre société, les responsables étaient imprégnés de cette façon de voir, moins d’erreurs seraient à déplorer et la moralité comme la compétence de nos responsables, mieux assurées. Qui veut être responsable doit courir le risque d’être déclaré coupable.

Jean Nousse

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