Résistance

Sale temps pour les PDG des grandes entreprises, de plus en plus contestés dans leur fonction. Pas de doute : l’activisme actionnarial progresse. La traque à la médiocrité est lancée.

Jusqu’il y a peu, les assemblées générales d’actionnaires s’apparentaient à de simples chambres d’enregistrement des résolutions présentées par le conseil d’administration. Mais depuis deux à trois ans, la contestation, voire la révolte, semble s’inviter dans ces milieux pourtant connus pour leur discrétion. La tension est même montée d’un cran cette année à l’occasion de vives passes d’armes. Si la direction de Walt Disney a sauvé sa tête, 43 % des actionnaires ont refusé de renouveler leur confiance au PDG. En France, la mobilisation des petits actionnaires a permis de débarquer toute la direction d’Eurotunnel.

A l’origine de ces contestations, pointons l’absence manifeste de volonté de certaines directions de reconnaître leurs erreurs (peu ou pas de résultats probants, surinvestissements, rémunérations opaques…). On comprend donc que certains actionnaires veulent siffler la fin de l’impunité. En effet, alors que l’actionnaire déçu se contentait le plus souvent de vendre ses titres, le voilà qui monte au créneau en faisant pression sur le management pour redresser la situation. Au risque de voir le cours chuter de nouveau et, à terme, d’être débarquée, la direction est alors contrainte de prendre des réformes structurelles…

Qui se mobilise ?

Cela dit, le poids des petits actionnaires reste encore faible. En revanche, les fonds dits  » activistes « , gérés par des professionnels de l’investissement, montent de plus en plus souvent au créneau. Mieux organisés, ils bénéficient d’une force de frappe financière capable d’influencer le cours des événements. Le plus célèbre d’entre eux est  » Calpers « , le fonds de pension des retraités de la fonction publique de Californie. Il s’est fait, ces dernières années, le champion de la défense du droit des actionnaires en luttant contre les manquements à l’éthique.

Mais de nouveaux acteurs entrent en jeu. Plus agressifs, des fonds spécialisés se constituent pour prendre des positions importantes sur une dizaine de titres qu’ils jugent pénalisés par une médiocre gouvernance : le poids acquis leur permet de faire pression sur le management. Et lorsque la société se redresse, le cours remonte. Ils vendent alors leur participation, avec une belle plus-value à la clé.

Quelle évolution ?

L’activisme actionnarial gagne donc du terrain dans le paysage financier, d’autant que les lenteurs de la justice ne favorisent pas un changement rapide des règles en vigueur au sein des conseils d’administration. Cette combativité devrait encore se renforcer en Europe, en retard sur les pratiques d’outre-Atlantique où les actionnaires sont plus prompts à sanctionner un échec et à rémunérer un succès, avec le cours de l’action comme unique arbitre.

Selon Calpers, après avoir lutté pour plus d’indépendance au sein des conseils d’administration et pour la création de comités spécialisés visant à une meilleure gestion, la prochaine bataille pourrait concerner la rémunération des dirigeants…

Le métier d’actionnaire individuel se transforme donc peu à peu. Il ne consiste plus seulement à acquérir des actions, puis à attendre l’heure de la plus value mais exige au contraire que l’on soit constamment attentif au développement de  » son  » entreprise. Bref, être actionnaire devient une occupation à plein temps… l

Pierre Samain (Budget Hebdo)

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