Qui veut la peau de Leterme ?

Le gouvernement Leterme a effectué sa rentrée après la trêve pascale. Le calme – la morosité ? – du moment ne doit pas faire oublier qu’en coulisses les ennemis du Premier ministre spéculent déjà sur son échec.

La Belgique vient à peine de sortir de la crise politique la plus longue de son histoire que, déjà, la machine chauffe. Sous des dehors de politiques  » responsables « , les vice-Premiers ministres, ministres et présidents de parti se livrent à des calculs de managers madrés. Ont-ils intérêt, ou non, à écourter la législature fédérale (quatre ans, en principe) de manière à faire coïncider les élections régionales et européennes de juin 2009 avec le scrutin fédéral? Cette option permettrait, évidemment, de rebattre toutes les cartes et de redessiner les majorités aux différents échelons. L’idée semble faire son chemin dans les esprits politiques. Le Premier ministre Yves Leterme lui-même a récemment déclaré que la succession rapprochée d’échéances électorales constituait un  » frein à la bonne gestion « . Mais, en fonction des résultats des sondages qui vont se succéder dans les prochains mois, les positions des uns et des autres, sur ce sujet, ne manqueront pas d’évoluer.

Quoi qu’il en soit, Leterme ne compte pas que des amis, et c’est un euphémisme. Bien sûr, dans l’opposition, on attend avec impatience l’heure de la revanche : les écologistes ont le vent en poupe, les socialistes flamands pansent leurs plaies et les extrémistes flamands tablent sur l’échec de cette majorité qui répond si mal aux v£ux exprimés par les électeurs. Mais c’est sans doute dans les rangs du gouvernement, qui rassemble, dans une alchimie improbable, les sociaux-chrétiens-humanistes, les libéraux et les socialistes francophones, que Leterme compte le plus d’ennemis. A commencer par la famille libérale, dont le poids est égal à celui de la  » famille chrétienne-nationaliste-humaniste « , et qui en constitue donc le principal concurrent. Plus glauque : au sein du CD&V, le propre parti du Premier ministre, certains ne verraient pas d’un mauvais £il la déconfiture de cette locomotive électorale, pourtant si peu charismatique, qui leur fait de l’ombre.

C’est sûr : d’ici au printemps 2009, tout ne sera que tactique et positionnements. Et Yves Leterme, qui pratique l’angoisse comme un sport de combat, n’a pas fini de se ronger les sangs.

Caroline Gennez

Après leur dégelée électorale, les socialistes flamands tentent de remettre de l’ordre dans leur parti et de remotiver les troupes. Contrairement au PS, le SP.A est resté dans l’opposition. Caroline Gennez, la nouvelle présidente, dénonce l’absence de projets et de programme qui caractérise le gouvernement fédéral. Cela dit, ce n’est pas dans les rangs du SP.A que se trouvent les pires adversaires de Leterme. Pour les socialistes flamands, en effet, l’ennemi n° 1 est incarné par le VLD, situé à droite sur le terrain socio-économique. C’est lui, en outre, qui a mis son veto à un éventuel retour du SP.A au pouvoir, dans le cadre d’une tripartite traditionnelle.

Jean-Michel Javaux

Les verts ont doublé le nombre de leurs sièges à la Chambre des représentants au lendemain des dernières élections législatives, ce qui ne les a pas empêchés d’être relégués sur les bancs de l’opposition. Où ils continuent d’engranger des sympathies électorales, si l’on en croit les sondages qui consacrent leur progression continue. Autrement dit, pour Ecolo, un méga-scrutin, européen, régional et fédéral, l’année prochaine, devrait être tout bénéfice. Surtout si l’équipe actuellement au pouvoir, désargentée et en butte à des bagarres incessantes, s’avérait incapable d’insuffler un brin d’enthousiasme dans ses rangs et de susciter un surcroît d’adhésion chez les citoyens.

Didier Reynders

Le vice-Premier ministre libéral et président du MR n’a pas renoncé à son rêve de devenir Premier ministre.  » De tous, c’est lui qui a le plus de raisons de souhaiter l’échec de Leterme, souligne le politologue Pascal Delwit (ULB). S’il parvenait à faire éclater le cartel formé entre le CD&V et la N-VA, le MR aurait autant de poids que le parti chrétien flamand, et la famille libérale occuperait la tête du hit-parade électoral.  » Ennemi n° 1 de Leterme, Reynders fait la paire avec le FDF Olivier Maingain, qui prévient :  » Pas de négociations communautaires sans la nomination, préalable, par la Flandre, des trois bourgmestres de la périphérie bruxelloise. « 

Herman Van Rompuy

Yves Leterme compte quelques solides ennemis dans ses propres rangs. Parmi eux, les représentants de la  » vieille  » génération, très critique sur les liens noués entre le CD&V et les nationalistes de la N-VA. Citons, entre autres, Herman Van Rompuy (durant les négociations en vue de la formation de l’orange bleue, il distillait de petits SMS ironiques sur l’incapacité de Leterme à mener des réunions), ainsi que Jean-Luc Dehaene et Wilfried Martens. La nomination surprise d’Etienne Schouppe comme secrétaire d’Etat à la Mobilité n’est sans doute pas étrangère au désir de Leterme de  » neutraliser  » les opposants au cartel en les mouillant au pouvoir.

Elio Di Rupo

Même s’il ne voue aucune amitié particulière à Yves Leterme, le président du PS en est cependant l’un des seuls alliés stratégiques. Ainsi que le CDH de Joëlle Milquet. La subsistance du cartel CD&V/N-VA représente, pour eux, la meilleure façon de barrer l’accès à Didier Reynders au poste de Premier ministre.  » Aux yeux de l’ « axe » PS-CDH, le MR est l’ennemi à abattre en 2009, rappelle Pascal Delwit (ULB) : si les libéraux venaient à gagner les élections en Wallonie, rien n’exclurait, en effet, que le PS et le CDH soient, ensemble, boutés dans l’opposition et contraints de céder la place, dans les gouvernements régionaux, communautaire et fédéral, au MR et à Ecolo. « 

Guy Verhofstadt

On aurait tort de l’expédier trop vite dans la  » galaxie  » européenne. Plus d’un  » recalé  » qui briguait une belle carrière dans les hautes instances internationales est, finalement,  » redescendu  » dans l’arène belgo-belge. Si la Belgique devait s’enfoncer dans le marasme communautaire, Guy Verhofstadt pourrait à nouveau se poser en homme providentiel pour un pays en quête de pacification. Bien sûr, cela ne ferait pas que des heureux : à commencer par Patrick Dewael et Bart Somers, leaders de l’Open VLD, si contents d’être  » débarrassés  » de l’encombrant Numero Uno. Mais ces deux-là n’en constituent pas pour autant des alliés d’Yves Leterme.

Isabelle Philipon

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