Qu’est donc devenue la philanthropie?

C’est l’Etat qui prend en main aujourd’hui les mécanismes de solidarité. L’initiative privée reste pourtant indispensable, comme on l’observe à la Société royale de philanthropie.

A l’époque, la sécurité sociale n’existait pas ; l’Etat ne se souciait guère des plus démunis. Qui ne manquaient pourtant pas. D’un côté, il y avait les riches ; de l’autre, les très pauvres. Il n’y avait pas de classe moyenne. C’était un autre siècle, le xixe.  » C’est dans ce contexte qu’apparaissent en Belgique les sociétés philanthropiques ; elles jouent le rôle que l’Etat ne remplit pas. Au fil des années, chacune d’entre elles va trouver son créneau « , raconte Thierry Scaillet. Cet historien vient de publier un livre consacré à l’histoire de la Société royale de philanthropie. Créée en 1838 et toujours en activité, cette dernière se donne pour objectif de venir en aide aux personnes âgées les plus démunies, avec une attention toute particulière aux aveugles.

 » Très rapidement, il devient de bon ton, pour la haute société bruxelloise, qu’elle soit catholique ou franc-maçonne, de souscrire à la Société, explique Scaillet. Les généreux donateurs voient leur nom gravé sur d’imposantes pierres. Pour certains, c’est une manière de se donner bonne conscience ou de gagner son paradis. Pour d’autres, c’est un engagement plus sincère.  » Les années passent. Les syndicats se constituent, une conscience ouvrière se développe. En 1936, un ministère de la Santé publique voit le jour. Les premières lois sur la protection sociale sont votées. Mais il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que notre système de sécurité sociale soit mis en place. L’Etat décide de prendre en charge les mécanismes de solidarité.  » Ce qui n’est pas sans danger, relève Jean-François de le Court, actuel président de la Société royale de philanthropie. Dans l’esprit de nombreuses personnes, c’est à l’Etat, et à l’Etat seul de s’occuper des plus pauvres. A travers l’impôt, le contribuable considère qu’il a déjà donné. C’est un mauvais réflexe ! L’Etat est une grosse machine. Pour donner une dimension plus humaine aux organisations d’aide, l’initiative privée reste essentielle. Et les besoins sont énormes, à Bruxelles notamment. Paupérisation, problèmes de scolarisation, chômage… Sans parler des personnes âgées, toujours plus nombreuses à être seules. « 

Aujourd’hui, la Société royale de philanthropie, toujours sise à l’ombre de la porte de Hal, continue sa mission. Même si elle bénéficie d’aides publiques, les dons privés restent indispensables à son fonctionnement. Or, problème, ceux-ci tendent à diminuer. Le Belge serait-il devenu moins généreux ?  » Je ne pense pas, répond Thierry Scaillet. Mais il est de plus en plus sollicité par des organisations de plus en plus nombreuses. Il fait moins de gros dons mais il diversifie ses libéralités.  » Et puis, à côté de son argent, le Belge donne de son temps.  » Depuis toujours, il a le bénévolat dans le sang « , ajoute Thierry Scaillet.

Thierry Scaillet, La Société royale de philanthropie. Histoire d’une institution au service des aveugles et des démunis. A commander via philanthropie@belgacom.net ou 02 508 05 00.

V.D.

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