Profession : entraîneur de voix

Pour devenir une vedette ou, simplement, (re)trouver sa voix, les logopèdes nous apprennent que souffler, c’est bien joué, et qu’un son, ça se pose là. Et pas ailleurs

Ce matin-là, Dominique Morsomme, logopède au Centre d’audiophonologie des cliniques universitaires Saint-Luc, a travaillé avec un chanteur de pop-rock.  » Après avoir chanté pendant un an en voix de tête (la voix aiguë, chez l’homme), il ne parvenait plus à retrouver son chant initial. Il se plaignait de fatigue vocale, de manque de puissance et d’endurance. A nos séances de rééducation peut s’ajouter le kilomètre de natation par semaine que je l’envoie faire…  » Pour toute personne qui n’en peut plus de souffrir d’une voix imparfaite, rauque, cassée ou malade, les logopèdes savent à la fois comment déceler les problèmes, compléter le diagnostic posé par l’ORL mais, aussi, trouver le meilleur chemin pour y remédier.

Lors d’un bilan vocal, tout commence par des questions. Les  » kinés de la voix  » demandent de réagir à de drôles d’affirmations. Du style : je suis à court de souffle quand je parle ; le son de ma voix varie au cours de la journée ; je suis tendu quand je parle avec d’autres à cause de ma voix ; j’essaie de changer ma voix pour qu’elle sonne différemment…  » Ces estimations individuelles fournissent une série d’indications subjectives destinées à mieux comprendre l’impact des problèmes vocaux dans la vie quotidienne de ces patients. Cette perception peut s’avérer très différente de celle du corps médical « , constate Dominique Morsomme.

D’autres tests permettent ensuite de quantifier, de manière plus objective, ce qui pose un problème dans nos voix, ce que nous sommes capables de faire avec elle ou, entre autres, de déterminer les mauvaises habitudes que nous avons prises. Bonne nouvelle : de plus en plus de logopèdes mènent ces examens en vertu d’un protocole standardisé, et ce bilan vocal se perfectionne en permanence.

 » Certains tests, comme prendre son souffle et tenir un ôa » le plus longtemps possible, permettent déjà de voir et de mesurer comment le souffle est géré et s’il existe une fuite d’air au niveau des cordes vocales (cela peut se produire en cas de pathologie sur les cordes vocales, par exemple de nodules), explique la logopède. Avec d’autres exercices et divers contrôles, aérodynamiques ou acoustiques, nous confirmons et chiffrons ce que le médecin a déjà vu ou pressenti lors de son examen, ainsi que la sévérité éventuelle de la dysphonie. En fait, pour bien cerner la voix, multidimensionnelle, il faut mener une série d’examens comportant de nombreux paramètres. Tous contribuent à la pose du diagnostic et à l’élaboration du plan de traitement.  » Ainsi, il serait impossible de négliger l’aspect  » psychologique  » qui sous-tend parfois les problèmes de voix. Diverses études internationales sont ainsi menées actuellement par les logopèdes sur les liens entre le stress et la voix ou, encore, sur l’impact éventuel d’un problème de voix sur l’état dépressif (un travail géré par une équipe anversoise).

Une fois le diagnostic posé, la rééducation peut commencer.  » Lors des séances, nous devons apprendre au patient à rompre le cercle vicieux de l’effort vocal, le déconditionner de ses mauvaises habitudes, lui faire prendre conscience de la manière dont la voix fonctionne, afin qu’il intègre ensuite, inconsciemment et naturellement, un bon usage vocal. Il faut également lever les tensions, tant physiques que psychiques, qui s’opposent parfois à tout ce travail.  » Pour y parvenir, l’équipe de l’UCL a bénéficié, par exemple, d’une formation donnée par M. Piron, un kiné ostéopathe.  » Des manipulations laryngées permettent de relacher la musculature. Elles sont aussi très précieuses en cas de stress. En fait, nous nous dirigeons de plus en plus vers une rééducation à la carte, dans laquelle la motivation de celui qui suit le traitement et l’empathie du logopède jouent un rôle déterminant.  »

Depuis quelques années, des transsexuels font également appel aux logopèdes, afin de modifier leur voix, d’intégrer le rythme, le vocabulaire, la modulation propre à chaque sexe. Ce n’est guère aisé : Dominique Morsomme raconte le cas de cette transsexuelle qui, lorsqu’elle devait faire preuve d’autorité et s’imposer dans une réunion professionnelle, retrouvait une voix forte et grave. A l’UCL, un groupe de 23 personnes transsexuelles contribue à la recherche dans le domaine de la voix féminine afin de mettre au point des techniques de rééducation efficace.  » Les hormones féminines ne permettent pas de féminiser la voix, mais lorsque la prise en charge médicale et la chirurgie ont été réalisées assez jeune, il semble un peu moins difficile d’être perçue comme une femme « , complète Dominique Morsomme.

En fait, que leurs patients soient comédiens ou standardistes, les logopèdes voudraient les voir  » s’exprimer avec aisance, de manière agréable, en s’adaptant vocalement à diverses situations, assure-t-elle. Cela implique aussi, pour les thérapeutes, le développement de nouveaux exercices, toujours plus appropriés, afin que nos patients maîtrisent, intériorisent et automatisent le bon geste vocal « . La voie de la sagesse…

P.G.

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