Procès Dutroux : droit de réponse

A la demande de M. Philippe Geluck, nous publions le droit de réponse qui suit :

J’estime être mis en cause de façon injustifiée dans votre article du 9 avril 2004 intitulé  » Des proximités dérangeantes  » écrit par Marie-Cécile Royen et je tiens à user de mon droit de réponse pour apporter à vos lecteurs quelques précisions concernant les propos que me prête votre journaliste et les commentaires désobligeants qu’elle y apporte. Son article traite de l’affaire Dutroux et des remous qu’elle suscite.

Madame, vous m’accusez de démagogie, d’avoir huit ans de retard dans mes réactions face aux errements de la gendarmerie, d’avoir  » ignoblement  » attaqué le témoignage de Sabine Dardenne, de participer au déploiement de la thèse du grand complot et, dans vos conclusions, de littéralement jouer le jeu de l’extrême droite, en critiquant la justice de mon pays.

Avant de revenir sur la violence totalement injustifiée de votre réaction, je tiens à relever les erreurs qui parsèment vos propos.

1. Je n’ai pas attendu huit ans pour dire publiquement mon sentiment de révolte face aux errements inadmissibles de la gendarmerie tout au long de cette épouvantable affaire, ni face à la dissimulation de preuves, la rétention d’informations ainsi que l’auto-amnistie de ce corps de police dont la hiérarchie n’a jamais reconnu qu’elle avait laissé ses hommes agir dans l’illégalité. Elle les a couverts et s’est couverte elle-même. Oui, cela m’indigne. Je l’ai dit il y a sept ans et n’ai cessé de le répéter jusqu’à aujourd’hui. Sur le plateau de Controverse, j’ai fait remarquer que ceux qui avaient agi illégalement auraient dû être traduits devant une cour martiale et chassés de leur corps d’armée, plutôt que de bénéficier d’un non-lieu et d’être promotionnés. Car j’ai la faiblesse de penser que ceux qui sont censés faire respecter la loi doivent la respecter eux-mêmes et que l’institution se serait grandie en éliminant ceux qui agissent mal en son sein.

2. Vous m’accusez d’avoir attaqué le témoignage de Sabine Dardenne de façon  » ignoble « . M’avez-vous une seule fois entendu mettre en cause le témoignage de Mademoiselle Dardenne ? Je n’ai jamais proféré le moindre doute sur la véracité ou l’importance de son témoignage. Sachez que j’ai le plus profond respect pour toutes les victimes et leurs familles et que jamais je ne me permettrais d’émettre la moindre remarque désobligeante à leur égard (contrairement à vous, dans ce même article, qui le faites à l’égard de Jean-Denis Lejeune). Au cours de l’émission Controverse, j’ai dit que l’avocat d’une victime était aussi l’avocat d’un gendarme. Que voyez-vous d’ignoble dans mes propos ? Pourquoi inventez-vous que j’attaque le témoignage de Sabine Dardenne ? Est-il déplacé qu’un avocat soit en même temps l’avocat de deux clients aux intérêts si tragiquement opposés ou est-il déplacé de le dire ? Il n’y a que deux solutions : ou bien vous trouvez, comme moi, que lorsqu’un avocat défend simultanément une victime et un des gendarmes qui a raté l’enquête qui aurait pu la sauver, il risque d’y avoir conflit d’intérêts, sans parler du brouillage éthique d’une telle situation, ou bien vous trouvez que dans cette situation le rôle de l’avocat est parfaitement respecté, et dans ce cas, où est le problème que je communique l’information ?

3. Je voudrais vous demander solennellement de m’aider à retrouver, dans les diverses déclarations, textes ou interviews, le moment où j’aurais évoqué  » la thèse d’un grand complot  » à propos de l’affaire Dutroux. Vous ne les trouverez pas, car jamais je ne me suis exprimé de la sorte. Or vous m’associez à la propagation de cette thèse fantasmagorique. De quel droit faites-vous cela ? En revanche, vous-même, avez régulièrement usé de ce terme ainsi que de celui de  » fantasme collectif  » à propos de ceux qui se demandent si Dutroux est bien le  » pervers isolé  » que l’instruction veut présenter au public. Ces vocables de  » croyants  » ou de  » tenants de la thèse du grand complot  » ont été inventés et répandus par des journalistes malintentionnés, soucieux de discréditer, en les caricaturant, ceux qui ne pensaient pas comme eux. Je réfute ces adjectifs et revendique celui de citoyen vigilant. Je ne veux entrer dans aucun embrigadement, ni aucune religion, et je me borne à analyser les faits. Et lorsque je les mets en perspective sur une ligne du temps, je me dis qu’il y a beaucoup de coïncidences malheureuses. Que trop d’omissions et de mensonges jalonnent ce dossier. Mais lorsque la population se permet de le dire, elle se fait traiter de  » populace  » par ces mêmes journalistes malveillants et ceux qui parlent fort, de poujadistes.

4. Et j’en arrive tout naturellement au dernier point de votre article. Par un amalgame tout à fait détestable, vous m’accusez littéralement de jouer le jeu de l’extrême droite parce que je me permets de critiquer la justice de mon pays. Et, là, je ne comprends pas votre raisonnement. Je n’y perçois que l’intention de nuire. Mes convictions politiques, mon attachement à la démocratie et à la liberté, mon histoire familiale et les luttes fraternelles que j’ai pu mener moi-même font de moi l’adversaire absolu de l’extrême droite et de ses thèses nauséabondes. Mais je revendique néanmoins le droit de critiquer la justice de mon pays lorsqu’elle me paraît tendancieuse, muselée ou manipulée. Selon votre raisonnement, lorsque la justice a failli, il faudrait s’interdire de la critiquer sous peine de servir l’extrême droite (et l’extrême gauche) ? Mais, bon sang, c’est justement le contraire qui se passe. Si la justice ou la police agissent mal, les citoyens et la presse doivent le dire haut et fort. Car si on les laissait continuer à mal agir, c’est là que, par dépit, la population risquerait de se tourner vers les extrêmes.

D’ailleurs, n’est-ce pas à la suite de la commission d’enquête parlementaire (qui a mis en lumière les manquements de la police et de la justice) que la réforme de ces deux institutions a été mise en chantier. Comme quoi la critique peut amener à l’amélioration d’un système.

N’étant pas le seul à être mis en cause dans votre article, et pour terminer, permettez-moi de m’étonner qu’un journal comme le vôtre vous ait à ce point laissée vous acharner, au cours de ces dernières années, à dire du mal de ceux qui ont tant souffert. Sachez que si je me suis levé pour dire mon indignation face à ce qui me semblait injuste, je l’ai toujours fait pour affirmer mon soutien aux victimes. J’ai eu de nombreux contacts avec les familles Russo et Lejeune, qui m’ont à chaque fois répété l’importance de se sentir écoutés et soutenus. Ils m’ont souvent dit leur incompréhension face à la méchanceté de vos articles à l’égard de leur combat légitime. J’avoue ne pas la comprendre non plus.  »

Philippe Geluck

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