Amid Faljaoui

Poutine, le lion et sa proie

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Réagir à chaud à une guerre n’est jamais simple. A ce stade d’information, que peut-on dire? Primo: personne ne sait exactement ce qui se passe dans la tête de Poutine. On le sait encore mieux depuis cette nuit du 24 février. Poutine est obsédé par la sécurité du territoire russe. Il estime que l’Europe est à la solde des Etats-Unis. Par conséquent, il n’a de cesse de poser la même question: comment réagirait Washington si la Russie entrait en alliance militaire avec le Mexique et y installait des missiles braqués sur les infrastructures américaines? Remplacez Mexique par Ukraine, et vous comprenez la raison pour laquelle Poutine n’hésite pas à lancer une guerre en Ukraine.

Face à Poutine, c’est triste à dire, u0022nous ne sommes pas tous des Ukrainiensu0022.

Secundo: Poutine a compris que ni l’Amérique ni l’Europe ne sacrifieront un seul soldat dans ce conflit. On ne parle d’ailleurs que de sanctions économiques et financières depuis le début de cette malheureuse histoire. Face à Poutine, c’est triste à dire, « nous ne sommes pas tous des Ukrainiens ». Mes confrères suisses du quotidien Le Temps le rappellent à juste titre: la solidarité, que ce soit avec la famille, des amis ou ici entre Etats, ne se juge pas aux mots, uniquement aux actes. Le président de la Fédération de Russie a très bien compris que l’Ukraine ne fait pas partie de l’Otan. Si ça avait été le cas, l’article 5 de l’Alliance aurait obligé les autres Etats membres à riposter à l’invasion russe comme si chacun d’eux avait été agressé. Et nous ne sommes pas dans le schéma du 11-Septembre,, ou au lendemain des attentats, quand citoyens et Etats se sont sentis solidaires. Ici, à la place d’un élan de solidarité, on mesure ses paroles à l’image de celles du Premier ministre italien, Mario Draghi, qui déclarait encore, il y a cinq jours à peine, qu’il fallait cibler les sanctions contre la Russie, mais qu’il fallait éviter les ruptures de gaz. Quel aveu de faiblesse, la troisième économie de la zone euro dépend à 90% du gaz russe et clame haut et fort qu’elle est hostile à des sanctions contre la Russie visant l’énergie.

Comment imaginer qu’un Poutine recule alors qu’un alignement des astres lui est aussi favorable? Quant aux investisseurs boursiers, ils étaient assez calmes ces derniers jours. Par pur cynisme, ils pensaient que Poutine allait s’en tenir à l’annexion des deux zones au coeur du conflit actuel: Donetsk et Louhansk.

Le seul vrai souci des marchés financiers, ce ne sont donc pas, hélas, les Ukrainiens, mais le cours du pétrole et du gaz. Car l’inflation est le seul gros problème aujourd’hui pour la Bourse. Or, une « guerre du gaz » provoquerait une hausse de l’inflation et une montée des taux d’intérêt qui serait néfaste pour elle. Au fond, Poutine, c’est le vieux lion qui attendrit sa viande en taquinant sa proie. Et comme chacun le sait, un lion ne devient jamais végétarien. Preuve en a été faite cette nuit.

Directeur de Trends-Tendances

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