Pour une solidarité sanitaire

Le virus est désormais, lui aussi, mondialisé. Il naît ici, se développe là, mute ailleurs, et sévit partout. Quelles sont les causes de ces alertes sanitaires qui occupent une place de plus en plus importante dans les informations, qui plongent les populations dans la peur, souvent inutilement, et font prendre aux gouvernements des décisions hâtives, en général inadaptées ?

Ces risques de pandémie sont réels mais les médias déclenchent des alarmes qui dépassent les dangers. Aussi horrible que soit cette comptabilité, il faut bien constater que l’addition des décès provoqués par l’ESB, le Sras, le H5N1 et le chikungunya en Europe reste heureusement inférieure à celle liée à la grippe ordinaire chaque année !

Ces données ne sont pas pour autant rassurantes, car les risques existent. Pourquoi ? D’abord en raison des mouvements de population à travers la planète. Le tourisme et le commerce provoquent un brassage permanent. Comme on ne peut contrôler les voyageurs ni limiter leur liberté de mouvement, ce risque est incontournable.

Deuxième constat : les échanges commerciaux d’animaux, de fruits et, à un degré moindre, de légumes à travers le monde sont devenus inconsidérés. Au point qu’il faut se demander s’ils sont raisonnables.

Troisième observation : la promiscuité, dans toute l’Asie du Sud-Est, entre les animaux et les hommes est une cause d’épidémies. Avant de commercer, avant d’échanger, ne faut-il pas fixer des règles internationales d’hygiène ? Ne pourrait-on pas étendre le droit d’ingérence aux questions sanitaires et lier les décisions de l’OMC à un feu vert de l’OMS ? Comment, cependant, imposer des normes d’hygiène occidentales à des pays où le niveau de vie n’est même pas le vingtième du nôtre ?

Cela conduit au quatrième point : depuis des décennies, des virus sévissent en Afrique ou dans les régions les plus pauvres d’Asie et d’Amérique du Sud. Soit ces virus sont inconnus et aucune recherche ne se développe. Soit on met au point des vaccins, mais ceux-ci, pour des raisons  » commerciales « , ne sont pas exploités (ainsi en va-t-il pour le vaccin contre le chikungunya). Lorsqu’il s’agit de virus qui détruisent les populations animales, l’indifférence occidentale est pire encore. La grippe aviaire, en fait, détruit depuis des années de 10 à 15 % des oiseaux migrateurs. Qui s’en est préoccupé ? Jusqu’au jour où, le processus de mutation aidant, un de ces virus devient transmissible. C’est ainsi, sans doute, que la syphilis est arrivée d’Amérique du Sud après la conquête espagnole et, peut-être, que le virus du sida a franchi la barrière des espèces, du singe à l’homme, en Afrique.

Face aux virus, aujourd’hui, il n’y a ni riches ni pauvres. Mais les riches ont les moyens de les combattre victorieusement. Pour être efficaces, ils doivent le faire à l’échelle de la planète. Aider le tiers-monde n’est plus seulement une question de générosité. C’est une affaire de survie. l

claude allègre

Claude Allègre

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