Politisation pas morte

L’opération Magellan se poursuit à la RTBF. Pourvu d’une nouvelle hiérarchie, le service public devra faire oublier quelques regrettables interventions politiques

Le 24 mars prochain, la hiérarchie de la RTBF – hormis son administrateur général, Jean-Paul Philippot, déjà nommé – aura été entièrement renouvelée pour six ans, à quelques postes près. Un remède de cheval, bien dans la tonalité du plan Magellan qui poursuit à vive allure sa route vers le redéploiement du service public et, surtout, son sauvetage financier. La semaine précédant ces désignations aura été marquée d’un véritable psychodrame. En effet, les trois leaders des partis de la majorité de la Communauté française (Louis Michel pour le MR, Elio Di Rupo pour le PS et Evelyne Huytebroeck pour Ecolo) n’ont pas hésité à réaliser eux-mêmes des arbitrages sur les personnes sélectionnées par les experts, en faisant lanterner le conseil d’administration, avec l’assentiment tacite de la présidente de celui-ci, Marie-Hélène Crombé (MR). Deux candidats, en particulier, ont fait l’objet d’un lobbying monstre : Alain Gerlache, au poste de directeur de la télévision, intensément soutenu par le MR, et Eric Poivre, comme patron de la Une, à l’instigation du PS. Globalement, les choix, même politiques, sont considérés comme professionnels  » à 90 %  » et introduisent une note de rajeunissement (en âge et par l’apport de compétences venues du privé) tout à fait bienvenue à la  » casa Reyers « .

La confection du nouvel organigramme (soumis à évaluation dans trois ans) opère, toutefois, un cruel effet de loupe sur certaines pratiques. 1. Politisation pas morte, et c’est Ecolo, divisé, qui en fait symboliquement les frais tout en récoltant un paquet de nominations.  » On jugera Philippot sur son indépendance « , avait prédit le ministre Jean-Marc Nollet (Ecolo). C’est tout vu. Ecolo a marchandé comme les autres et, pis, a obligé les candidats à dévoiler leurs appartenances. A ce prix, on peut considérer qu’un certain nombre d’entre eux incarnent, en outre, la sensibilité chrétienne dont le ministre de l’Audiovisuel, Richard Miller (MR), a stigmatisé  » la surreprésentativité incroyable à tous les échelons de la RTBF  » sous la casaque CDH. Vu sous l’angle politique, il n’y a plus guère d' » opposition  » au gouvernement dans le service public et, singulièrement, dans le secteur sensible de l’information. Cette opération de rééquilibrage au détriment du CDH a été rendue possible, dans ces proportions, par le récent décret sur l’audiovisuel qui étend l’application du Pacte culturel (défense du pluralisme, autrement dit, répartition politique des postes ) aux directeurs de chaîne, et pas seulement aux directeurs généraux. 2. La procédure de sélection a montré ses limites malgré le luxe de précautions formelles contenues dans le décret. En cause, notamment, la procédure de présentation des candidats sur simple dossier, sans audition préalable, sur laquelle Jean-Paul Philippot lui-même estime qu’il faudra revenir. De fait, un texte écrit peut tromper sur les capacités réelles d’un individu ou, à l’inverse, ouvrir la porte à des jugements incorrects sur des personnes absentes et incapables de se défendre. Bref, cette absence d’audition, lors d’une sélection d’embauche, suscite un gros malaise à la RTBF.

Et la saga n’est pas terminée. Quatre postes restent à pourvoir, et non des moindres. Il s’agit de la direction de l’unité de programme divertissement, confiée au Centre de Liège, pour laquelle deux candidatures étiquetées CDH vont être soumises à réexamen et de l’unité de programmes magazines/documentaires/jeunesse, à Charleroi, pour laquelle l’appel à candidatures a été rouvert. A la direction des services généraux, toujours vacante, deux candidats vont être auditionnés. Enfin, la direction info-sport TV, et pour laquelle postulait le seul Michel Konen (rédacteur en chef sortant du JT, connoté CDH), doté d’un bon rapport mais écarté, va être remise en jeu au sein de la RTBF. Le recalé n’exclut pas de s’y représenter. Suspense… l

Marie-Cécile Royen

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