Polémique au confluent

Un nouveau projet d’aménagement de l’esplanade du Grognon, dans la capitale wallonne, prévoit notamment l’édification d’un hémicycle pour le parlement régional. Avec quelles chances d’aboutir ?

Le projet d’aménagement du Grognon, je dis NON, NON et NON ! Cela va nous coûter une fortune, cela va gâcher la vue et cela n’arrangera certainement pas la circulation.  » Le ton est donné dans le cahier recueillant l’avis des citoyens sur l’avenir de ce triangle séparant la Meuse et la Sambre. Soumis à l’enquête publique jusqu’au 26 mars prochain, le plan communal d’aménagement dérogatoire (PCAD) du Grognon est actuellement présenté à la Bourse du commerce. Sera-t-il coulé, sans états d’âme, comme le parlement-bateau, imaginé en son temps par l’architecte vedette Mario Botta ?

 » Etant namurois d’origine (…), j’ai connu la démolition du Grognon. Il s’agissait d’immeubles du xviie siècle qui auraient mérité le classement par les Monuments et Sites.  » Cet autre témoignage épingle l’un des problèmes majeurs. Namur est né là, au pied de la citadelle et au confluent de la Sambre et de la Meuse. Mais, dès l’entre-deux-guerres, le berceau de la cité a préoccupé les autorités communales en raison de sa vétusté. Malgré l’opposition de la population, il a finalement été rasé dans les années 1960 et 1970.

Depuis, les différentes tentatives de reconstruire le c£ur historique et de doter Namur d’une grand-place digne de ce nom ont toujours avorté. En 1996, le projet d’y implanter le parlement wallon avait été rejeté, lors d’une consultation, par 75,7 % des Namurois. Quelque temps auparavant, la maquette primée du Suisse Botta avait été huée par les visiteurs, alors qu’elle était exposée à l’église Saint-Loup. Sa maison des parlementaires barbotant dans la Meuse, avec un hémicycle en guise de proue, devait occuper 14 000 mètres carrés (9 000 dans une seconde épure). Mais elle n’a jamais vu le jour.

Actuellement, les parlementaires wallons tiennent leurs séances dans une salle aménagée à l’anglaise dans l’ancien hospice Saint-Gilles (1 500 mètres carrés). Mais, faute de place, l’institution et ses différents services restent dispersés sur trois sites namurois. Dès 1998, la ville a commencé à réétudier un nouvel aménagement du Grognon. Le plan soumis aujourd’hui à l’enquête publique définit l’affectation du sol. Il devra ensuite être approuvé définitivement par le conseil communal, avant que les architectes conçoivent une £uvre, dont la construction ne devrait pas débuter avant 2007 au plus tôt.

Les bâtiments s’agenceraient de part et d’autre d’une grand-place triangulaire. Côté Sambre, des logements, des commerces et un équipement culturel conserveraient la physionomie et les gabarits des immeubles du vieux Namur, avec des toitures en ardoises et à versants. Côté Meuse, où seraient situés un hémicycle et les services administratifs du parlement, une liberté plus grande devrait permettre de poser un  » geste architectural fort « .

Une seule photo virtuelle de ce futur aménagement est présentée à la Bourse. Les autres, pourtant commandées, n’ont pas été diffusées. Parce qu’elles donnent toute la mesure d’implantations trop massives, comme le soutient l’opposition CDH-intérêts communaux au conseil communal ? Ce cliché aérien ne permet en tout cas pas de voir du premier coup que la plupart des bâtiments reposent sur une dalle surélevée de 1,50 mètre par rapport à l’entrée du Saint-Gilles. Ce rehaussement découle de la décision politique d' » enterrer  » la circulation de transit pour laisser en surface la place aux piétons, aux cyclistes et aux bus. Des voiries, un rond-point et des parkings seront construits en sous-sol. Cette option qui coûtera, selon des estimations, entre 12,5 et 25 millions d’euros, a été prise avant la clôture de l’étude d’incidences.

Réalisée par le bureau Atelier 50 de Bruxelles, cette dernière attirait toutefois l’attention sur l’aspect inesthétique des entrées de tunnel, boulevard Huart et rue Bord de l’Eau, ainsi que sur la disparition d’une partie des vestiges de la cité. La direction de l’archéologie du ministère de la Région wallonne multiplie d’ailleurs les séances d’information à cet effet, en signalant notamment que moins de la moitié du site a fait l’objet de fouilles. Ni le port médiéval ni l’habitat gallo-romain, par exemple, n’ont été mis au jour. Bref, la réunion de concertation, qui clôturera l’enquête publique, le 31 mars prochain, à la Bourse pourrait être décisive.

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