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Peut-on encore arrêter Poutine?

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On ne sait si c’est le fruit de la nouvelle alliance stratégique qu’il a nouée avec son compère Xi Jinping. C’est en tout cas un supplice chinois que Vladimir Poutine inflige aux Occidentaux à l’occasion de la crise en Ukraine. Il pose des revendications de sécurité en Europe qu’il sait inacceptables par l’Otan. Il menace d’une offensive militaire majeure des Ukrainiens que leurs alliés n’aideront qu’ à distance. Il fait mine de s’engager à relancer les discussions sur l’application de l’accord de Minsk qui doit déterminer l’avenir de l’Ukraine avant de les saborder en reconnaissant l’indépendance des républiques séparatistes que l’intervention de son armée, en 2014, a créées. Le président russe souffle le chaud, pour la galerie, et le froid, pour ses intérêts, présumés. Et les Occidentaux en sont tout déboussolés.

Face à l’obsession du maître du Kremlin, même une volonté renouvelée de dialogue pourrait désormais ne pas suffire.

L’ accord d’entraide scellé entre les entités à « l’indépendance » fraîchement actée et la Russie met sous tutelle de Moscou 7% du territoire ukrainien. C’est contraire au droit international, en infraction avec les engagements antérieurs du Kremlin, humiliant pour ses partenaires de négociation français et allemand, intolérable pour la majeure partie la population ukrainienne et ses dirigeants. Mais pas plus qu’ils ne l’ont fait en faveur de la Crimée annexée en 2014 et quoi que pourraient laisser penser les déclarations outragées de certains de leurs dirigeants, les Etats-Unis et l’Europe ne s’opposeront à l’absorption des régions de Donetsk et de Louhansk par l’ogre russe. S’il en reste là…

Jusqu’à présent, Vladimir Poutine a toujours agi jusqu’au point où il pouvait aller sans franchir la ligne rouge. Il l’ a atteinte aux frontières occidentales des républiques auxquelles il a donné une illusoire existence autonome. Au-delà, il engage une guerre en Europe, s’expose à un enlisement à l’afghane et enclenche une batterie de sanctions qui minera l’économie de son pays et pénalisera la vie de ses concitoyens.

Conservera-t-il l’habileté stratégique qui l’a guidé jusqu’à aujourd’hui? La conception qu’il a donnée, le 22 février, des limites territoriales des républiques vassales de l’est de l’Ukraine – l’entièreté du Donbass et non la zone actuellement contrôlée par les sécessionnistes – conjuguée au rappel de son exigence de neutralité et de démilitarisation de son voisin incline à penser que non. La postvérité que son allocution du 21 février a véhiculée – « L’Ukraine se préparait à une guerre contre la Russie », « Elle est un régime fantoche », « Les Etats-Unis et l’Otan ont transformé l’Ukraine en théâtre de guerre » – fait craindre que la raison ne soit débordée par l’exaltation nationaliste et le besoin de reconquête d’une grandeur perdue.

Faire comprendre à Vladimir Poutine que lui et la Russie ont plus à perdre qu’à gagner d’une aventure militaire est un défi de taille. Depuis la chute du bloc soviétique, les Américains, les Européens, l’Otan ont, il faut le reconnaître, péché par arrogance à l’égard de la Russie. Il ne faudrait pas commettre les mêmes erreurs. Mais face à l’obsession du maître du Kremlin, même une volonté renouvelée de dialogue pourrait désormais ne pas suffire.

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