Perle précieuse

Tableau mythique longtemps resté dans l’ombre, La Jeune Fille à la perle a retrouvé son écrin, le Mauritshuis de La Haye. Quatre personnalités livrent leur regard sur l’une des plus célèbres oeuvres de Vermeer.

Quelle est cette inconnue à la peau veloutée ? Nul ne le sait. Mais son regard nimbé de mystère reste inscrit dans les mémoires. Avec La Joconde de Vinci et Le Cri de Munch, La Jeune Fille à la perle, peinte par Vermeer vers 1665, fait partie des visages les plus célèbres au monde. Et c’est un joyau dont s’enorgueillit le Mauritshuis, qui vient de le raccrocher sur ses murs, après deux années de travaux. Car même si le musée de La Haye abrite les plus grands noms du Siècle d’or hollandais – Rembrandt, Frans Hals ou Jan Steen -, elle en est la vedette incontestée.

Selon sa directrice, Emilie Gordenker,  » sa notoriété s’est encore accrue ces dernières années « . Depuis que l’Américaine Tracy Chevalier en a fait l’héroïne d’un roman, devenu un best-seller vendu à cinq millions d’exemplaires (lire l’encadré en page 63), dont s’est à son tour inspiré, en 2004, le Britannique Peter Webber pour réaliser un film dans lequel Scarlett Johansson portait la précieuse boucle d’oreille. Réinstallée au second étage de l’ancienne demeure aristocratique, la demoiselle au turban de soie continue d’irradier. Et son charme d’opérer, comme en témoignent, pour Le Vif/L’Express, quatre de ses fans…

On a pu mesurer son pouvoir d’attraction lors de la tournée internationale qu’elle a effectuée durant la fermeture du musée. Bien qu’entourée de prestigieux compagnons, c’est elle qui a encore une fois électrisé le public, des Etats-Unis à l’Italie en passant par le Japon. A Tokyo, 800 000 spectateurs se sont bousculés. Un record. Du vivant de Vermeer, pourtant, le tableau était resté dans l’ombre. Après sa mort, il aurait même pu disparaître si un collectionneur, Arnoldus Andries des Tombe, ne l’avait trouvé par hasard et acheté en 1881 pour une bouchée de pain (deux florins), puis restauré avant de le léguer, à sa disparition en 1902, au Mauritshuis.  » Mais à l’époque, on préférait Rembrandt et Paulus Potter « , commente Emilie Gordenker.

Les goûts ont changé, sa renommée s’est installée progressivement. A mesure de la redécouverte de Vermeer, dans le sillage des impressionnistes et de Proust, que fascinait la minutieuse Vue de Delft, son oeuvre alors la plus admirée. C’est au XXe siècle qu’elle fut baptisée la  » Joconde du Nord « . La rétrospective, organisée en 1995 à La Haye et à la National Gallery de Washington, a définitivement assuré sa popularité. Depuis, le Mauritshuis l’a érigée en emblème, apposant son visage sur mugs et affiches.

Lorsqu’on pénètre aujourd’hui dans la salle 15 du musée, aux murs tendus de soie verte, son regard vous happe et ne vous lâche plus. Seules trente personnes à la fois peuvent le contempler, pas davantage, pour ne pas rompre le sortilège. Protégée par une simple rambarde de bois, la jeune fille à la perle ne joue pas les stars.

Par Annick Colonna-Césari

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