Patti Smith : Rock’n’Rimbaud

La poétesse des années punk a été nourrie tant par les vers opaques de Dylan que par les paradis perdus de Rimbaud

Patti Smith & Band, en concert le 26 mars, au palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Infos au 02 507 82 00. Nouveau CD à paraître fin avril.

Dire que Patti Smith a épousé l’esprit de Rimbaud, en a imprégné l’âme de sa musique, cela revient à écrire que la mer est salée : elle l’est toujours. Au commencement, disons vers 1969, alors que Patti, née à Chicago, habite déjà New York depuis deux ans, elle décide de partir pour la France avec sa s£ur Linda. L’un des buts de ce périple fauché est de retrouver les traces géographiques et sentimentales de l’écrivain disparu, celui que Patti a découvert parce que Modigliani û qu’elle admire intensément û le citait dans ses écrits. D’un séjour rue Campagne-Première à Montparnasse, où Arthur R. habita, au voyage à Charleville-Mézières, la ville natale, Patti Smith construit le décor plus ou moins imaginaire de la fuite perpétuelle que fut la vie de Rimbaud.

Avec Baudelaire, Nerval et Verlaine, le poète au visage d’ange constitue une sorte de  » réserve imaginaire de romantisme français  » que Patti va injecter d’abord dans ses propres poèmes ( Dream of Rimbaud), puis dans ses chansons, chargées de l’électricité new-yorkaise des années 1970. Figure de l’amant virtuel û devant laquelle elle se masturbe volontiers û, Rimbaud nourrit aussi son désir de rébellion, de tropiques défendus, de territoires sans cesse à conquérir. Rimbaud et le voyage en Ethiopie noyautent Radio Ethiopia, paru fin 1976, et il devient son Rock’n’Roll Nigger, titre de 1978 où elle fait directement référence à Une saison en enfer.

Mais, sur le poète qui fuit à Aden se brûler au soleil de la solitude, Patti garde un avantage : elle se construit un groupe de musiciens fidèles, dont le guitariste Lenny Kaye qui joue avec elle depuis trente ans, et une famille à laquelle elle consacre temps et amour. Filiation ou transposition, l’héritage rimbaldien existe suffisamment fort dans la musique de Patti Smith pour que cette dernière vienne faire son Rock’n’Rimbaud ( sic) dans le cadre de l’événement  » bozartien  » de la fin mars. Au programme : du rock’n’roll (nigger, bien évidemment) et des poèmes de ou sur le vieux pirate de la langue française.

Philippe Cornet

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