Pas de quoi pavoiser

de dorothée klein

Ce que les francophones espéraient est arrivé. Ce 25 février, Bart De Wever, président de la N-VA, a estimé qu’il y avait  » trop peu de garanties pour une grande réforme de l’Etat « . Son parti ne participera pas au prochain gouvernement emmené, en principe, par Yves Leterme (CD&V). Mais le cartel CD&V/N-VA ne vole pas encore en éclats. La rupture pourrait intervenir en juillet, si une réforme de l’Etat plus substantielle ne voyait pas le jour.

A l’issue des premières négociations institutionnelles, on est loin du big bang annoncé par certains en Flandre avant les élections du 10 juin dernier. Les francophones, eux, cachent mal leur joie. La solidarité a été réaffirmée : on ne touchera pas à la sécurité sociale. Certes, la Région bruxelloise n’est que très légèrement refinancée (65 millions sur les 500 000 évoqués). Mais les transferts de compétences de l’Etat fédéral aux Régions sont très limités.

Ouf ! Le royaume respire et les Wallons sont à la fête ? Voire. Les francophones auraient tort d’estimer qu’ils ont gagné, qu’ils sont parvenus à imposer leurs vues à la Flandre et que la Belgique fédérale restera finalement en l’état. Ou presque. Le sud du pays ne perd sans doute rien pour attendre. Au Nord, l’accueil réservé à cet accord minimaliste était plus que tiède. La seconde phase de négociations s’annonce autrement plus copieuse. Elle portera sur certains aspects du marché de l’emploi et de la politique familiale, et, surtout, sur la scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde.

En été sonnera l’heure de vérité. Les francophones ne doivent pas spéculer sur un second round aussi facile que le premier. Sinon, De Wever claquera la porte. Et Leterme pourra-t-il se permettre d’être moins sensible aux  » intérêts flamands  » ? Une crise gouvernementale ne sera alors pas à exclure. Le scénario du pire ? On ne sait trop. Si la N-VA se retrouve dans l’opposition, aux côtés du Vlaams Belang et des nationalistes de la Lijst Dedecker, elle va se refaire une santé. La radicalisation de la Flandre en sera d’autant plus grande, lors des élections régionales de 2009. Cela ne concerne pas uniquement la droite. Le 22 février dernier, une vingtaine d’intellectuels flamands dits progressistes ont signé le Manifeste du Gravensteen. Son titre ?  » Avec nos amis francophones, si possible ; sans eux, s’il le faut « .

Les réformes de l’Etat n’ont pas permis d’apaiser le mouvement flamand, rappelle l’historien Vincent Dujardin, dans la Revue générale. Depuis le Walen buiten et la scission du CVP/PSC, en1968, les crises liées à la formation d’un gouvernement se sont allongées. Toutes ont découlé de problèmes communautaires. Avec la N-VA, c’est néanmoins la première fois qu’un parti ouvertement séparatiste a été invité à la table des négociations. Le mouvement flamand est devenu antibelge. Et les nationalistes sont désormais dans et à l’extérieur du gouvernement. Quatre anciens membres de l’ex-Volksunie font partie du groupe Octopus, chargé de la réforme de l’Etat. Les francophones doivent s’en souvenir. Leur satisfaction affichée cette semaine paraît d’autant plus naïve. l

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