Pas de flamand, pas de logement !

Le projet de la Flandre de réserver les logements sociaux aux seuls néerlandophones suscite une levée de boucliers francophones. Et un vrai malaise éthique

Le gouvernement flamand a adopté, le vendredi 2 décembre, un nouveau projet de décret conditionnant l’octroi d’un logement social, en Flandre, à la connaissance du néerlandais. Désormais, donc, le code du logement boutiqué par le ministre flamand Marino Keulen (VLD) comportera un volet linguistique : les nouveaux candidats devront faire la preuve qu’ils maîtrisent la langue de Vondel ou, si ce n’est pas le cas, qu’ils suivent des cours dans ce but, avant de pouvoir obtenir un des 134 000 logements sociaux du nord du pays.

Cette nouvelle disposition touchera d’abord les allochtones : plusieurs sociétés de logement social insistent, en effet, sur les difficultés auxquelles elles sont parfois confrontées dans leurs relations avec les familles immigrées ne parlant pas le moindre mot de flamand. Le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme rétorque, pour sa part, que cette décision aggravera encore la discrimination dont souffre déjà la population étrangère dans ses relations avec les propriétaires du marché locatif privé. Mais le gouvernement nordiste ne cache pas son objectif parallèle d’endiguer la  » tache d’huile  » francophone dans la périphérie bruxelloise. La réaction des partis francophones ne s’est donc pas fait attendre : le PS et le CDH s’indignent d’une même voix, l’un promettant d’introduire une procédure en conflit d’intérêts au Comité de concertation entre les entités fédérées, l’autre interrogeant la Commission européenne sur la compatibilité de ce projet de décret avec les valeurs de l’Union. Le FDF annonce, lui, un recours devant le Comité des droits de l’homme des Nations unies. La procédure en conflit d’intérêts aurait pour conséquence de suspendre l’adoption, par le parlement flamand, du projet. Lequel doit, de toute façon, encore passer par la case Conseil d’Etat avant de pouvoir entamer son parcours parlementaire.

Bref, rien n’est fait. Mais, si le code flamand du logement devait être amputé de cette disposition sur les langues, on n’ose imaginer les réactions qui fuseront une fois de plus, en Flandre, sur les  » diktats  » francophones. La Flandre n’en finit plus, en effet, de se replier sur elle-même. Et peu lui importe de violer l’esprit de la Constitution, qui prévoit l’égalité de tous les Belges devant la loi, le droit au logement et la liberté de l’emploi des langues dans les relations privées. Seul compte le résultat : un peuple prospère, retranché dans une Région forteresse.

Isabelle Philippon

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