Pas de bluff… des faits

Ouf ! Il était temps ! Les politiques peuvent respirer, ils ont limité la casse, l’étincelle d’une véritable bombe à retardement est (provisoirement ?) éteinte. Face à l’indignation croissante de la population, l’heure n’était plus aux boniments ou à la musculation, il fallait agir. Fatigués des brutalités, des incivilités, les Bruxellois ont, en effet, les nerfs à vif. L’émotionnel l’emporte désormais sur le rationnel. Le ras-le-bol manifesté par la police a fait déborder le vase, créant un sentiment de méfiance qui vient s’ajouter au mécontentement.

Bruxelles, Chicago-sur-Senne ? Bien sûr que non. Nos représentants sont unanimes, certains délits y ont même régressé. Mais plusieurs faits nouveaux interpellent, comme la prolifération des attaques à main armée, la diminution de l’âge des auteurs des méfaits ou bien encore la recrudescence des petites agressions. Autant d’ingrédients susceptibles de nourrir un climat d’insécurité pour des citoyens par ailleurs confrontés quotidiennement aux chaussées défoncées, aux embouteillages récurrents, à la crise économique, aux pertes d’emplois… La coupe est pleine.

Le Premier ministre a donc pris les devants, un super- sommet rassemblant les différents partenaires concernés se tenait mardi dernier dans l’urgence, il fallait sortir de l’ornière. Quelques heures plus tard, l’optimisme était palpable, toutes les dimensions du dossier avaient été mises sur la table, un grand déballage qui devrait déboucher, dans trois semaines, sur des solutions concrètes qui intègrent, entre autres, la lutte contre le décrochage scolaire, une meilleure coordination et un refinancement des zones de police, un suivi de l’exécution des peines. Et surtout, surtout, le transfert au ministre-président de la Région bruxelloise de compétences en matière de sécurité exercées jusqu’ici par un gouverneur dont le poste est vacant depuis… fin 2008 ! On croit rêver ! Il aura donc fallu plus de vingt ans pour doter la Région d’un pouvoir parfaitement légitime et indispensable à son bon fonctionnement !

Le fédéral a donc, enfin, entendu les doléances bruxelloises. Fini l’autisme larvé affiché jusqu’ici ? Pas sûr. Car les silences obstinés d’hier étaient bel et bien le fruit de l’indifférence, voire du mépris affiché par la Flandre à l’égard d’une capitale qui s’obstine à s’ancrer définitivement dans la francophonie. Aux appels à l’aide des Bruxellois, il était trop souvent répondu par des gestes dérisoires, des aumônes. Des digues bien trop faibles pour faire face aux grands chambardements qui ont secoué la capitale cette dernière décennie. La Flandre, à terme, a-t-elle dit son dernier mot ?

Après les années calamiteuses, les Bruxellois, plus désarmés que désenchantés, voudraient croire au grand sursaut, malgré une réalité complexe qui mêle problèmes d’intégration, interculturalité, paupérisation, ghettos, rupture de nombreux équilibres. Face à l’espoir, les responsables politiques de tous bords ne peuvent plus répondre par le bluff, l’esquive, les tours de passe-passe, la poudre aux yeux. C’est bien des propositions concrètes, avec feuilles de route et financement à l’appui, que l’on attend d’eux dans trois semaines. A suivre, donc, avec la plus grande vigilance.

DE Christine Laurent

Bruxelles, Chicago-sur-Senne ? Bien sûr que non !

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