Enfants dans la zone en banlieue parisienne, vers 1936. Gilles Taquet: "Il y a énormément d'humanité dans cette image, Gaston Paris se met à la hauteur des enfants. La proximité avec les sujets est un axe fort de son travail. Il la doit également au dispositif, le Rolleiflex format 6x6, qu'il utilise. Le fait que l'objectif de visée soit au-dessus de l'objectif de prise de vue atténue le caractère de prédation de la photographie." © (c) Gaston Paris / Roger-Viollet

Paris est à nous

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As du Rolleiflex format 6 x 6, Gaston Paris est tombé dans l’oubli à l’aube des années 1950. Deux expositions parisiennes ressuscitent le talent cinématographique de cet oeil éclectique.

« On ne s’explique pas comment il a pu ne pas passer à la postérité », commente Gilles Taquet, directeur de Roger-Viollet. Il est vrai qu’avec un corpus de quinze mille négatifs déposés par sa veuve à la célèbre agence de photographie parisienne, Gaston Paris (1903 – 1964) n’a pas chômé. Sa carrière débute par une fascination pour le cinéma – il a publié de nombreux articles sur le sujet, notamment pour la revue Cinémagazine – qui imprégnera son oeuvre de lumières savamment calibrées et de cadrages frisant la perfection.

Le cursus de l’intéressé connaît son apogée dans les années 1930. L’ homme est alors sur tous les fronts, absorbant et restituant l’époque comme personne. « Ce qui est remarquable chez lui, constate Dominique Lecourt, directeur éditorial de l’agence Roger-Viollet, c’est l’ampleur des domaines qu’il réussit à couvrir. Il est aussi à l’aise avec le monde du spectacle qu’avec la modernité d’alors, qu’il s’agisse d’une vue aérienne de la Ville lumière, avec, en coin, l’hélice d’un avion, ou de contre-plongées très graphiques donnant à voir des cheminées d’usine. Il excelle également lorsqu’il s’agit de thématiques graves, comme l’exode des républicains espagnols. » Entre 1930 et 1940, le Rolleiflex de Gaston Paris se fait également social, il est au plus proche du peuple – pas étonnant lorsqu’on sait qu’il fut l’unique salarié du célèbre et très à gauche hebdomadaire français Vu – notamment quand il immortalise les enfants de la « zone ». Débute ensuite pour lui une période peu faste ; il est de moins en moins publié. Dans les années 1950, il s’essaie à la composition d’images de romans-photos, notamment de nombreuses scènes de meurtres. La tentative n’aboutira pas. Aujourd’hui, en raison des efforts conjoints de Michel Frizot, commissaire de l’exposition du Centre Pompidou, et de ceux de l’agence Roger-Viollet, qui lui consacre également un accrochage, cet « oeil fantastique » revit.

Femmes dans une fête foraine, vers 1935.
Femmes dans une fête foraine, vers 1935. « Cette image annonce le Front populaire, confie Dominique Lecourt. On sent que la jeune femme au béret, à gauche, possède un tempérament révolutionnaire. Il ne faut pas négliger l’apport de la silhouette que l’on voit de dos. Ces mains-là disent aussi le monde ouvrier. »

Gaston Paris, la photographie en spectacle, au Centre Pompidou, à Paris, jusqu’au 18 avril.

Gaston Paris, l’oeil fantastique, à la galerie Roger-Viollet, à Paris, jusqu’au 23 avril.

Rosace, Cathédrale Notre-Dame de Paris, vers 1935. Dominique Lecourt:
Rosace, Cathédrale Notre-Dame de Paris, vers 1935. Dominique Lecourt: « Ce reportage est paru dans Vu, le 2 octobre 1935. C’est presque une allégorie de l’ouvrier au travail. On sent toute l’influence du cinéma peser sur cette image. La lumière à contre-jour est parfaitement maîtrisée. »© (c) BHVP / Gaston Paris / Roger-
Strip-tease:
Strip-tease: « le robot », vers 1935. « Il s’agit d’un cliché qui raconte une célèbre attraction foraine de l’époque. Il témoigne de la faculté de Gaston Paris à capter l’esprit de son temps. Un détail s’avère piquant, à l’entrée de ce spectacle, une mention disait « Homme, tu seras vaincu par ton propre robot » », précise Dominique Lecourt.© (c) Gaston Paris / Roger-Viollet
Joséphine Baker (1906 - 1975), artiste de music-hall américaine dans l'opérette La Créole, de Jacques Offenbach, décembre 1934. Gilles Taquet:
Joséphine Baker (1906 – 1975), artiste de music-hall américaine dans l’opérette La Créole, de Jacques Offenbach, décembre 1934. Gilles Taquet: « Un volet important de l’oeuvre de Gaston Paris consiste en la photographie de célébrités. Ici, c’est Joséphine Baker, dont la main levée remplit idéalement le cadre, mais il a immortalisé également Brigitte Bardot, Edith Piaf, Kiki de Montparnasse… »© (c) Gaston Paris / Roger-Viollet
Cauchemar. Composition de Gaston Paris pour La Clef des songes, vers 1950. Dominique Lecourt:
Cauchemar. Composition de Gaston Paris pour La Clef des songes, vers 1950. Dominique Lecourt: « Il s’agit des mises en scène mêlant souvent le sexe et l’effroi qu’il a imaginées pour, probablement, démarcher les éditeurs. Malgré nos recherches, nous n’avons pas trouvé de traces de publication. Il reste qu’à cette époque, les photographes n’étaient pas toujours crédités. »© (c) Gaston Paris / Roger-Viollet

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