Otan Un rendez-vous capital

L’Alliance transatlantique doit répondre aux défis posés en Afghanistan et à des questions clefs sur sa nature, son rôle, ses moyens militaires. Ce sera l’enjeu de son prochain sommet à Bucarest.

Jean-Michel Demetz, avec Romain Rosso

C’est dans un contexte politique inédit que va se tenir, à Bucarest (Roumanie), du 2 au 4 avril, le prochain sommet de l’Otan. Exacerbée par de nombreux différends (le Kosovo, les incertitudes sur les livraisons de gaz, le projet de défense antimissile américain, la crise russo-britannique, etc.), la tension entre les Occidentaux et une Russie dopée par ses recettes gazières et pétrolières est à son paroxysme depuis la fin de la guerre froide. Nul ne sait quelle surprise Vladimir Poutine (formellement encore chef d’Etat jusqu’au 7 mai), invité dans la capitale roumaine en marge du sommet, servira, cette fois-ci, aux Européens et aux Américains. A huit mois de l’élection présidentielle aux Etats-Unis, George W. Bush, lui, est sur le départ. Bucarest est un de ses derniers grands rendez-vous internationaux. Il devrait y saisir l’occasion d’assener qu’il va laisser derrière lui, contre toute évidence, un  » monde plus sûr  » et une communauté transatlantique ressoudée après la désunion sur l’Irak. Enfin, le forum de l’Alliance devrait permettre à Nicolas Sarkozy d’afficher, sinon sa rupture, du moins un atlantisme plus décomplexé que celui de son prédécesseur, Jacques Chirac. Ce dernier, au précédent sommet de l’Otan, à Riga, en novembre 2006, avait joué les trublions face au dessein bushiste d’élargir le champ de l’Alliance. Bucarest sera aussi pour le chef d’Etat français, en panne d’image, un bon prétexte pour rehausser sa stature régalienne auprès de son opinion publique.

Dans la capitale roumaine, les 26 alliés vont devoir examiner les choix stratégiques sur au moins quatre dossiers.

1. L’engagement en Afghanistan.

C’est la question la plus brûlante. L’Otan y est engagée en première ligne et menacée d’enlisement face aux taliban et combattants étrangers d’Al-Qaeda. Washington, qui a déjà sur place 15 000 hommes sous mandat Otan, va envoyer, ce printemps, 3 200 marines supplémentaires. Et réclame un effort de ses alliés. Mais desquels ? Les Britanniques sont en Irak. La Bundeswehr, présente dans le Nord, ne peut se déployer dans le Sud, où se déroulent la plupart des combats, faute de mandat parlementaire. Le gouvernement canadien a manqué tomber à la Chambre sur la question du maintien de ses troupes dans le Sud, finalement prolongé jusqu’en juillet 2011 s’il obtient le renfort de 1 000 hommes, d’hélicoptères, de drones, etc. Le président français pourrait annoncer à Bucarest l’envoi d’un millier d’hommes, peut-être dans l’Est – pour des motifs opérationnels et pour leur épargner d’être embringués dans les conflits interpachtouns ; ce qui permettrait de déplacer vers le sud des Américains qui épauleraient leurs frères d’armes canadiens. Il devrait confirmer que la France est engagée durablement dans le pays. Et demander, avec ses homologues, plus de crédits à l’ONU et une meilleure coordination des efforts civils.

2. L’élargissement de l’Alliance.

Il est soumis à la règle du consensus. Ce qui pose un problème. Trois Etats devraient voir leur candidature officialisée : la Croatie, l’Albanie et la Macédoine, qui ont rempli les conditions techniques exigées. Mais la Grèce n’accepte pas le nom officiel de Macédoine pour l’Etat désigné à l’ONU comme l’Ancienne république yougoslave de Macédoine (Arym) et menace de bloquer le dossier otanien. Javier Solana a proposé  » Nouvelle-Macédoine « . Mais, pour l’heure, pas de compromis entre Athènes et Skopje. A la dernière minute, peut-êtreà

Par ailleurs, les Etats-Unis voudraient que l’Ukraine et la Géorgie obtiennent un membership action plan (MAP), une étape – pas une garantie – en vue d’un élargissement futur. L’Allemagne renâcle, par crainte de froisser Moscou. La décision pourrait être reportée pour être adoptée plus discrètement.

3. La défense antimissile.

Face à la menace balistique d’Etats voyous, Washington veut installer des bases spéciales en Pologne et en République tchèque. Comment intégrer ce futur dispositif, pour l’heure bilatéral, dans le cadre otanien ? Certains pays européens doutent de la fiabilité technique actuelle du projet en l’état et de son opportunité politique, toujours à cause de la virulente opposition de la Russie, qui y voit une menace directe.

4. L’avenir de l’Alliance atlantique.

C’est une question de longue haleine. Washington s’alarme de la faiblesse des dépenses militaires des partenaires européens, tombées à 1,4 % du PIB – 4 % pour les Etats-Unis. Signe des temps, l’ambassadrice américaine auprès de l’Otan, Victoria Nuland, citait récemment avec délectation Nicolas Sarkozy déclarant, en novembre 2007, devant le Congrès américain :  » L’Europe doit désormais relancer le grand chantier de ses capacités militairesà Il y a plus de crises que de capacité pour y faire face.  » Et de commenter :  » Nous espérons que la présidence française de l’Union, cet été, permettra à Paris de conduire l’effort afin de renforcer les dépenses de défense européenne dans des investissements dont nous avons cruellement besoin, comme les hélicoptères, les drones, les forces spéciales, l’interopérabilité des communications, les forces antiguérilla.  » Plus facile à dire qu’à faire. En réalité, peu d’Etats, en Europe, sont prêts à dépenser davantage. D’autant que le nouveau champ d’action de l’Otan n’a pas été précisé. Certes, tous s’accordent sur le besoin de faire évoluer une Alliance bientôt sexagénaire face aux nouveaux défis : terrorisme, Etats incapables d’assumer leurs responsabilités, risque de prolifération nucléaire, sécurité des approvisionnements en énergie, etc. Mais, en pratique, qu’est-ce que cela veut dire ? Revient-il à l’Otan d’arracher les plants de pavot de la province du Helmand (Afghanistan), d’où provient 50 % de l’héroïne mondiale ? L’Otan peut-elle rester engagée dans les activités civilo-militaires (reconstruction) ou doit-elle impliquer davantage l’ONU ?

Jean-Michel Demetz, avec Romain Rosso

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