» On finit toujours par se relever « 

On peut être contraint de vivre chichement tout en gagnant fort bien sa vie : tel est le paradoxe que connaît tous les jours ce médecin, victime de comptables peu fiables.

La vie est chère. On s’en rend compte quand on n’a pas d’argent.  » André (1), médecin spécialiste, sait tout, désormais, des ristournes que concèdent certains magasins. Parfois, il mange des aliments soldés juste avant que ne tombe leur date de péremption.  » Je n’aurais jamais pensé en arriver là. Mais je le fais. Et, tout bien considéré, ça va. « 

Rien, autour de cet homme en blanc, ne trahit les difficultés financières qu’il traverse. Pour l’heure, il vit toujours avec son épouse dans une vaste maison peuplée de jolies choses. Mais la bâtisse vient d’être vendue. La dette de près de 300 000 euros imputée au médecin est sans pitié.  » Je ne suis pas un homme d’argent, dit-il. Je ne l’aime pas. Et je n’y connais rien. « 

C’est ce qui a valu à ce spécialiste, dont les revenus annuels bruts avoisinent les 135 000 euros, d’avoir été piégé par des comptables peu consciencieux : ceux-ci n’ont pas payé, comme il l’imaginait, les cotisations sociales ni les impôts dus.  » Si j’avais été plus attentif à mes finances, nous n’en serions pas là « , confesse-t-il. Mais il en est là, désormais. Depuis 2007, la quasi-totalité de ses honoraires sont saisis au profit du fisc. Et, tandis que le ciel lui tombait sur la tête, les premiers d’une série d’huissiers se présentaient à sa porte, les uns, touchants dans leur métier de plomb, les autres, odieux.

« Nous avons eu froid cet hiver »

La médiatrice qui gère une partie de ses revenus dans le cadre du règlement collectif de dette mis en place laisse à André et à son épouse 1 500 euros par mois. Une fois payées les charges fixes du couple, il ne reste pas grand-chose.  » On a connu des fins de mois difficiles, raconte pudiquement ce spécialiste. On a eu froid, cet hiver : nous étions obligés de chauffer le moins possible. Des amis nous ont apporté des vivres et des vêtements. Ils nous ont invités à manger chez eux. Certains se sont faits plus rares, d’autres, plus proches. C’est dans ces moments-là qu’on découvre sur qui on peut vraiment compter. Nous n’avons pas accepté d’argent de leur part. « 

Dans un cercle social dont le niveau socio-économique est relativement élevé, André et sa femme n’ont, d’un coup, plus eu les moyens de suivre le mouvement. Ils n’ont plus, ou quasi plus de loisirs. Dans leur village, ils font comme si de rien n’était. A l’hôpital où il s’active, André n’a évoqué ni les huissiers, ni les pulls enfilés les uns sur les autres au c£ur des heures de gel, ni la souffrance de son épouse, malmenée malgré elle par cette bourrasque.  » J’ai continué à travailler comme avant. J’adore mon métier. Il me permet aussi de penser à autre chose. Mais quand on sait que l’intégralité de son salaire sera saisi, c’est difficile « , avoue-t-il.

Philosophe de nature et nourri par les arts, André l’est devenu plus encore.  » Il y a toujours moyen de s’en sortir, résume-t-il. J’ai l’espoir que notre situation s’arrangera dans quatre ou cinq ans. Nous vivons dans un pays où de précieux mécanismes permettent de maintenir une certaine dignité humaine, même si cette notion se discute quand on est, comme moi, privé de mutuelle. Et puis on apprend à relativiser. Regardez les voitures : certaines coûtent une fortune, alors qu’elles finiront à la casse, comme les autres. C’est ridicule, quand on y réfléchit. Je n’y avais jamais pensé avant. « 

(1) Prénom d’emprunt.

L.V.R.

 » Les huissiers se présentaient les uns touchants, les autres, odieux « 

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