» Oh non ! Je voulais être au paradis… « 

Ce soir-là, à 19 heures, en plein été, Valérie, 44 ans, ferme les tentures de la chambre à coucher conjugale. Rideau sur la rue, rideau sur sa vie. C’en est trop. Harcèlement moral au boulot, mari drogué, tensions extrêmes entre celui-ci et des membres de sa famille, cancer de son grand-père qu’elle adore, épuisement chronique : après une dépression de trois ans, le fardeau est devenu trop lourd. La goutte de trop ? Une explosion d’agressivité de son mari, licencié la veille et retrouvé en piètre état au retour de l’enterrement du grand-père.

Après avoir soigneusement attendu le milieu de la soirée ( » plus tôt, en été, j’aurais attiré l’attention… « ), Valérie se couche. Elle avale méthodiquement, l’une après l’autre, les petites pilules colorées : deux boîtes entières de somnifères et d’antidépresseurs. Rien n’entame sa détermination. Ni le coup de fil inquiet, étrangement prémonitoire, d’une amie. Ni l’appel téléphonique lui annonçant qu’elle vient d’être engagée. Ni l’arrivée impromptue de son mari, plus prévenant, dans la chambre.  » En avalant les médicaments, je pensais tranquillement à chacun de mes proches : ils s’en sortiront sans moi.  »

Plus tard, elle se réveille sur un lit d’hôpital. La douche froide.  » Oh non ! Pourquoi ne suis-je pas morte ? Je voulais être au paradis. Et cette infirmière, qui ne veut pas me comprendre !  » Entre-temps, l’annonce de sa tentative de suicide a entraîné un véritable séisme familial. De son lit, elle doit gérer une explosion de ranc£ur entre son mari et son frère.  » Le lendemain de mon suicide, on m’a annoncé que j’étais orientée en psychiatrie. Quel soulagement ! Enfin, on allait m’écouter.  » Elle passera, finalement, près d’un an dans divers hôpitaux psychiatriques.

C’était il y a deux ans. Depuis lors, la vie de Valérie est restée chaotique. Il y a deux mois, elle a rechuté : absorption massive de médicaments.  » Cette fois, c’était un appel : je ne voulais pas mourir.  » Aujourd’hui, elle a encore des idées noires. Elle fuit comme la peste les journaux télévisés ( » un bombardement d’informations sinistres « ). Mais, lentement, le vent tourne. Elle a suivi une thérapie de couple et une thérapie individuelle, consulte occasionnellement un psychologue, a pris du recul par rapport à ses proches. Elle a réussi, surtout, à mettre des mots justes sur ses souffrances, à les exprimer à ceux qui lui faisaient peur et à lever les tabous. Dans la bouche de certains proches, elle a entendu, pour la première fois, le mot  » pardon « .

La page est tournée ?  » Je ne suis pas à l’abri d’une rechute. Je me sens encore menacée par la dépression, mais plus du tout par le suicide. Les médicaments continuent à me trotter dans la tête, comme une sorte de bruit de fond. Mais, en cas de problème, je sais dorénavant que la psychiatrie peut venir à mon secours. Avant, je l’ignorais.  » Son plus grand plaisir : se rendre au travail, comme quelqu’un de  » normal « . Son rêve : vivre en paix, dans la sérénité. Et que quelqu’un lui dise, droit dans les yeux, qu’elle va mieux.

Ph.L.

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