© illustration : charles monnier

Non, la prostitution n’est pas un  » mal nécessaire « 

Pour parvenir à l’abolition de la prostitution, il est urgent d’instaurer l’égalité sexuelle des hommes et des femmes.

Nous refusons la prostitution, non pas car elle heurte nos bons sentiments, mais parce que celle-ci s’inscrit presque toujours dans un rapport de domination sexuelle et économique des hommes sur les femmes, ou sur les jeunes hommes. On sait aujourd’hui qu’une majorité des personnes prostituées (au moins 80 % en Belgique, selon la police) sont victimes de traite. Nous ne pouvons que nous indigner face à ce chiffre, et réclamer des sanctions plus dures encore à l’encontre de celles et ceux qui perpétuent ce crime.

Non, nous ne considérons pas la prostitution comme  » normale « , pas plus que l’esclavage ou le travail des enfants d’ailleurs, autres phénomènes pourtant fortement répandus dans le monde. Des sociétés qui se prétendent égalitaires peuvent difficilement tolérer, et même encourager, des transactions qui impliquent, dans la plupart des cas, le déni de la liberté de l’une des parties. Nous ne pensons pas non plus que la prostitution soit un  » mal nécessaire « . Cette vision de l’homme et de sa sexualité est réductrice, et lui dénie toute capacité de considérations éthiques dès lors que ses pulsions le  » dominent « . De plus en plus d’hommes refusent cette vision peu flatteuse d’eux-mêmes.

Nous pensons que la prostitution ne peut être promue ou encouragée par les pouvoirs publics. Mais il ne s’agit certainement pas de pénaliser les personnes prostituées elles-mêmes ! Les politiques envisagées doivent tenir compte de la situation, des intérêts et des besoins de toutes les personnes qui se prostituent. En tant que mouvement féministe et progressiste, nous ne pourrions cautionner aucune proposition qui aurait pour effet direct ou indirect d’aggraver la situation de personnes prostituées aux réalités spécifiques (séjour illégal, toxicomanie, etc.). Notre objectif à long terme est la disparition de la prostitution dans la mesure où, dans l’immense majorité des cas, elle n’est pas un choix libre et épanouissant, mais une contrainte sociale imposée par les rapports inégalitaires de genre.

Carmen Castel
Carmen Castel© dr

Pour parvenir à cet objectif, nous pensons qu’il est urgent de prendre à bras-le-corps la question de l’égalité sexuelle des hommes et des femmes. Malgré l’omniprésence des références à la sexualité dans leur environnement, beaucoup de jeunes garçons et filles manquent à la fois d’information et d’éducation à la sexualité. Et quand l’éducation existe, c’est souvent sous l’angle unique de la prévention des IST (infections sexuellement transmissibles) et des grossesses non désirées, et non sous l’angle du respect de soi-même et de l’égalité entre les femmes et les hommes. Ce n’est qu’en déconstruisant les rapports sociaux de sexe dès le plus jeune âge que nous parviendrons à une société égalitaire, où chacun sera libre de ses choix et de ses envies.

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