» Ni plus ni moins dangereux « 

Philippe Delaunois (photo) est un observateur pertinent du duel Mittal Steel/Arcelor. Pendant trente-cinq ans, dont quinze à la tête de l’entreprise, cet homme respecté a roulé sa bosse chez Cockerill Sambre. Il n’y a jamais occulté les difficultés. Comme le Français Jean Gandois, autre  » pape  » de l’acier wallon.  » Que va-t-il rester de la sidérurgie wallonne dans vingt-cinq ans ?  » avait-on demandé à celui-ci en 1984. Réponse :  » Pas grand-chose.  »

Le Vif/L’Express : Comment jugez-vous l’opération menée par Mittal Steel sur Arcelor ?

E Philippe Delaunois : J’ai été surpris par cette opération. Je m’attendais à ce que tous deux poursuivent leurs opérations de consolidation. Pas à ce qu’ils s’attaquent directement l’un à l’autre. Je trouve qu’Arcelor a récemment fait preuve d’un grand esprit d’initiative en prenant le contrôle du canadien Dofasco. Il me serait difficile de critiquer un concurrent qui fait la même chose un peu plus tard.

Arcelor a-t-il une chance de contrer l’assaillant ?

E C’est difficile à dire. Il y a trop d’inconnues à l’heure actuelle. Le choix des actionnaires sera forcément déterminant. Pour faire peser la balance de son côté, Mittal Steel doit réunir plusieurs conditions : faire mieux connaître sa vision stratégique, s’exprimer sur son modèle de gestion – si elle réussit, l’entreprise doublerait de taille ! Surtout, ses dirigeants doivent expliquer comment ils comptent partager le pouvoir. Ils le concentrent actuellement entre quelques mains.

La sidérurgie wallonne a-t-elle des raisons supplémentaires de se faire du souci ?

E Le danger n’est pas plus grand avec Mittal Steel qu’avec Arcelor. Le problème reste le même : être assez performant.

Car, à terme, une autre menace pointe : un géant de la sidérurgie venu de Chine, qui mettrait tout le monde d’accord ?

E Oui. Il faut suivre cela de près. Le dynamisme économique de la Chine a des répercussions positives sur différents produits, dont la sidérurgie. Mais il est clair que cela génère de nouvelles capacités de production, en Chine. Les pôles de développement du marché de la sidérurgie ne sont plus en Europe, mais en Asie ou en Amérique du Sud, où Arcelor a d’ailleurs investi.

Quelles sont les chances de survie des entreprises wallonnes ?

E Je continue à penser – comme Jean Gandois – que la sidérurgie à chaud est en sursis. En revanche, la filière dite à froid peut assurer sa survie à plus long terme. A Liège, Eurogal, qui a été lancé il y a une demi-douzaine d’années, est devenu l’une des meilleures lignes de production du groupe Arcelor. Cet exemple est à suivre. A Charleroi, le pôle inox formé par Carinox et Carlam a également de bons atouts. Il n’y a pas de miracle : nos entreprises doivent veiller à être aussi performantes en termes de qualité, de productivité et de coûts que les sociétés s£urs du groupe Arcelor.

Quel intérêt stratégique revêt la participation de 2,4 % détenue par la Région wallonne dans le capital d’Arcelor ?

E Aucun. Cela ne pèse pas lourd dans les opérations dont il est question. Autant s’en défaire totalement, comme on l’a compris en Flandre depuis belle lurette. Cet argent serait bien utile pour le plan Marshall.

Philippe Engels

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