Plusieurs dirigeants, parmi lesquels Charles Michel, président du Parlement européen, Ursula Van der Leyen, présidente de la Commission (ici avec Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'Otan), ont déploré que l'Union européenne vivait ses heures les plus noires depuis la Seconde Guerre mondiale. © belga image

« Ni les USA ni l’Europe n’enverront de troupes en Ukraine »

Le contenu intégré souhaite enregistrer et/ou accéder à des informations sur votre appareil. Vous n’avez pas donné l’autorisation de le faire.
Cliquez ici pour autoriser cela de toute façon

Que peuvent faire les Occidentaux pour aider l’Ukraine? L’analyse de Nicolas Gosset, chercheur au Centre d’études de sécurité et défense, spécialiste de la Russie.

 » Si nous n’agissons pas, Poutine ne s’arrêtera pas à l’Ukraine. » Mercredi soir, le monde occidental s’est endormi en plein conflit. Tendu, incertain, certes, mais avec un espoir d’apaisement malgré tout. Jeudi matin, il s’est réveillé au beau milieu d’une guerre. Vladimir Poutine a bombardé dès l’aube plusieurs régions ukrainiennes, sans sommation. « Les heures les plus noires de l’Union européenne depuis la Seconde Guerre mondiale », ont tour à tour déploré plusieurs dirigeants (Emmanuel Macron, Ursula Von der Leyen, Charles Michel…)

Demain, pour l’Europe, le cauchemar d’un rapprochement des troupes russes, comme l’a craint Alexander De Croo jeudi lors d’une déclaration devant le Chambre? Mais comment agir? Comment réfréner les délires de grandeur de Poutine? Pas par des mesures qui provoqueraient « l’escalade », a prévenu le Premier ministre. Mais avec des actions « préventives et proportionnelles ».

Puis des sanctions, évidemment. « Le plus lourd paquet de l’histoire de l’Union », selon le libéral flamand. Qui paraissent toutefois quelque peu frileuses, jusqu’à présent. Sans doute par crainte du contrecoup, Vladimir Poutine tenant fermement le robinet énergétique alimentant de nombreux pays (30% des importations belges de pétrole et 6,5% du gaz). Et puis, si la Russie cessait tout commerce avec les pays européens, l’impact négatif retomberait sur de nombreuses entreprises locales. Effet boomerang.

La sévérité des sanctions dépendra probablement de l’ampleur des attaques russes. Centrées sur les régions frontalières ou visant à occuper Kiev, la capitale? « Nous observons déjà une globalisation du conflit », épingle Nicolas Gosset, chercheur au Centre d’études de sécurité et de défense, spécialiste de la Russie. Qui décrypte pour Le Vif les diverses options qui se présentent à l’Occident pour réagir face à ces « heures les plus noires ».

Quelles réponses peuvent apporter les Occidentaux à l’invasion de l’Ukraine décidée par Vladimir Poutine?

Les Occidentaux vont très certainement adopter une nouvelle batterie de sanctions à l’encontre de la Russie. L’Union européenne a décidé de sanctionner quelques personnalités politiques et militaires et trois banques russes. Des mesures diplomatiques et économiques supplémentaires, plus sévères, seront prises, ce qui aura des effets collatéraux: les pays qui sanctionnent subiront inévitablement un retour de flamme économique. Moscou a promis une riposte « forte » et « douloureuse » aux Américains. Remarquez qu’il n’y a pas eu, jusqu’ici, d’annonce par Moscou de contre-mesures aux sanctions prises par les Etats-Unis, l’Union européenne, la Grande-Bretagne, l’Australie, le Canada et le Japon au lendemain de la reconnaissance unilatérale des territoires séparatistes de l’est de l’Ukraine. Le Kremlin était sans doute trop occupé par la concrétisation de son plan d’attaque de grande envergure contre l’Ukraine.

La Belgique livrera à l’Ukraine du matériel militaire, mais pas d’armes.

La dépendance énergétique de nos pays à l’égard de la Russie limite-t-elle la capacité de réaction de l’Union européenne?

La Russie n’a pas intérêt à utiliser de manière décisive l’arme du gaz et du pétrole. Une interruption des livraisons aux pays européens se retournerait contre elle. La réponse occidentale à l’action militaire entreprise par Vladimir Poutine dépend en réalité de l’ampleur des opérations invasives russes en territoire ukrainien. Deux scénarios sont possibles. Le premier est un déploiement de forces russes surtout centré sur la région du Donbass, accompagné d’une attaque contre les défenses anti- aériennes ukrainiennes. Le second, plus lourd de conséquences internationales, est une offensive générale de l’armée russe et une occupation de Kiev. Nous observons déjà une globalisation du conflit: le Japon a été l’un des premiers pays à réagir de manière franche au défi posé par la Russie au fonctionnement des relations internationales telles qu’elles existent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

On sait qu’aucun soldat d’un pays de l’Otan n’ira « mourir pour Kiev ». Que peuvent faire les Occidentaux pour aider l’Ukraine, outre l’adoption de sanctions contre la Russie?

Soyons clairs, l’Ukraine, qui n’est pas membre de l’Otan, ne bénéficie pas d’une garantie de sécurité occidentale. C’est la raison pour laquelle Vladimir Poutine ose agir militairement comme il le fait aujourd’hui. Ni les Etats-Unis ni les pays de l’Union européenne n’enverront de troupes en territoire ukrainien. La Belgique, par la voix de la ministre de la Défense Ludivine Dedonder, a annoncé qu’elle livrera à l’Ukraine du matériel militaire, mais pas d’armes. Si l’Otan le demande, notre pays déploiera à bref délai, aux côtés de ses alliés, cinq cents militaires, des F-16 et un navire pour protéger les pays de l’Alliance situés au pourtour de l’Ukraine. Aucun Etat occidental ne veut d’une confrontation militaire directe avec l’armée russe. Poutine agite, dans ses discours, la menace du feu nucléaire pour prévenir toute éventuelle interférence occidentale dans les opérations militaires russes actuelles en Ukraine. Le maître du Kremlin a prévenu que la réponse de la Russie serait « immédiate » et conduirait « à des conséquences jamais connues ». Ces menaces sont, implicitement, une posture de dissuasion nucléaire.

La Chine défend la position russe dans le dossier ukrainien. L’accroissement des tensions entre l’Occident et la Russie va-t-il renforcer l’axe stratégique Moscou-Pékin, comme le craignent les Américains?

Je suis réticent à confirmer cette analyse. Mes travaux de recherche portent précisément sur les relations sino-russes. Comme toujours, l’attitude de Pékin est d’une extrême prudence, mais je n’imagine pas la Chine se laisser aspirer par les actions éventuelles du Kremlin à l’encontre de l’Europe orientale. La Russie agit en Ukraine de manière isolée, en comptant sur le silence un peu coupable de son partenaire chinois.

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content