Mon Istanbul

Istanbul n’est pas une ville facile à vivre. Goûter aux plaisirs du Bosphore, aux couleurs de son cosmopolitisme, aux richesses historiques saupoudrées dans la ville sont les privilèges du flâneur. Pourtant, la ville court, bouge, dans un flot permanent de véhicules de toutes sortes.

Ecartelée entre ses deux continents, faisant un grand écart de plus de 50 kilomètres, Istanbul a bien souvent les artères bouchées. Circulation, surpopulation, maux quotidiens nuisibles aux plaisirs de la ville bimillénaire. Le Bosphore reste le miracle qui sauve cette mégalopole de l’asphyxie. Pour vivre Istanbul, l’une des meilleures solutions est d’habiter l’un des nombreux villages incrustés de part et d’autre de l’avenue aquatique qui traverse la ville. Ce sont les petites surprises que vous réserve la métropole si vous savez quitter les rubans routiers qui longent ses rives. Chacun est un bijou à sa façon : petites places bordées de platanes centenaires, signe encore visible de l’amalgame des communautés juive, chrétienne et musulmane qui ont fait la richesse de Constantinople. La rive européenne est extravertie, la rive asiatique, plus tranquille et verte. Le monde secret du Bosphore est relié à la ville par les vapur, qui récoltent le matin ceux qui vont travailler en direction de Besiktas ou d’Eminönü et les remmènent le soir à bon port. Le Bosphore, c’est aussi la palette d’Istanbul. C’est lui, ses arbres et ses eaux changeantes qui colorent la ville. Mauve des arbres de Judée de mai, pruniers du printemps, feuilles de l’automne, toits enneigés des yali de février, coques rouges des immenses pétroliers peinant à se refléter dans les eaux bleu-gris du ciel d’hiver.

Entre les deux rives, les deux ponts, embouteillés matin et soir par ceux qui changent de continent pour aller travailler. Pour se rendre à un quelconque endroit de la ville sans le stress de la conduite, il vous faudra accepter de changer deux ou trois fois de véhicule. Monter, descendre, courir, sauter, Istanbul n’a aucune pitié pour les personnes âgées. Dans les bateaux, les autobus, les tramways, vous entendrez parler le turc avec des accents très différents, parfois même difficilement compréhensibles. Dans les taxis, le chauffeur écoute les chansons de sa région ; Istanbul est aujourd’hui, comme toujours, le centre magnétique qui attire toute l’Anatolie. Istanbul absorbe et mélange. Expansion, abandon, récession, transformation, la ville se métamorphose en permanence. Les centres d’hier deviennent périphériques, des lignes de transport apparaissent et disparaissent, magasins et restaurants changent d’adresse. Istanbul est reine de l’inconstance. Si vous restez quelque temps loin de la ville, vous êtes condamné à y revenir en étranger. Est-ce pour cela qu’elle est si difficile à quitter, malgré la menace des tremblements de terre ? Après y avoir goûté, on s’y accoutume si fort qu’y renoncer paraît inimaginable.

Nükte V. Ortaq

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