Michel Bourlet entre les lignes

L’ancien procureur du roi de Neufchâteau tance ceux qui l’ont critiqué dans un livre sur les  » affaires « , Cools, Dutroux et autres. L’occasion de découvrir des facettes moins connues du  » chevalier blanc  » qu’il réfute avoir jamais été.

En signant un quart de millier de pages, l’ancien procureur du roi de Neufchâteau se livre peut-être davantage qu’il ne l’imaginait dans La Traque au loup. Certes, il emmène le lecteur dans le récit des  » affaires  » Cools, Dutroux et autres. Mais il n’y a là rien de majeur qu’on aurait ignoré.

En revanche, c’est un Michel Bourlet un peu plus secret qui émerge des lignes que sa main a tracées. Car, si elles montrent l’homme  » attendu « , le type droit, courageux et sympa qui fut un héros populaire au coeur de l’affaire Dutroux, le gars un peu fonceur, un peu hâbleur aussi mais sur lequel les victimes pouvaient toujours compter, un autre personnage apparaît entre ces mêmes lignes. Et celui-là, émouvant par sa volonté de bien faire, intéressant par son besoin de s’expliquer mais fatigant à force de se mettre en avant, semble aussi un peu aigri.

Agnostique déclaré, il se fait amer pour déplorer qu’on l’ait rangé – et qu’on le fasse encore ! – dans les camps de ces believers qui croyaient jusqu’au fond de leur âme au grand complot et au grand réseau, dans l’affaire Dutroux. Amer, aussi, quand on l’associait à des dérapages chestrolais, comme la perquisition menée chez les  » satanistes  » d’Abrasax, un soir de solstice d’hiver à Forchies-la-Marche, pour éviter un (soi-disant) sacrifice d’enfants. En même temps, il s’admet responsable de ce  » flop monumental  » – ce sont ses mots – mais assure n’en avoir pas été mis vraiment au courant. Ce qui est bien difficile à croire. Souvenirs à géométrie variable ? Pas impossible. Dans l’épisode du  » téléphone vert  » ayant permis aux corbeaux de sévir en marge de l’affaire Dutroux dès octobre 1996, il s’explique et se défend, quitte à faire parler les juges d’instruction, mais avant tout sur la base d’un bien plus banal appel à témoins né deux mois plus tôt.

Visionnaire ? Ou revanchard et jaloux ?

On découvre aussi, à lire Michel Bourlet, la trace d’un homme entier, à la fois peu enclin à rechercher le contact des notables et en permanence désireux d’être apprécié. Ce qui le conduit à se justifier d’abondance là où il est accroché ou à régler des comptes avec ceux qui ont critiqué ses actions et ses choix.

Visionnaire, l’ancien  » proc  » ? Ou un brin revanchard, un tantinet jaloux ? Magistrats et journalistes  » dégustent « , à tort ou à raison. L’arrondissement judiciaire de Dinant et des enquêteurs français auraient ainsi tardé à céder à Neufchâteau des informations relatives à Michel Fourniret. Avec, en filigrane, l’idée qu’on aurait pu raccourcir le parcours du prédateur. Et, qui sait ?, épargner des victimes en réunissant ces informations sous la houlette de  » son  » juge, Jean-Marc Connerotte. Mais la démonstration suppose beaucoup de  » si « … Alors que Dinant avait marqué les points.

 » Si on me laisse faire « 

Susceptible, Michel Bourlet ? Il taxe de  » campagne de presse  » les articles prenant un sens contraire au sien. Et, piqué au vif, c’est par dizaines de pages qu’il s’investit pour combattre l’argumentaire (six  » délires  » de l’affaire Dutroux) d’une seule émission de télévision, rejetant volontiers vers d’autres les responsabilités éventuelles. Même l’historique  » Si on me laisse faire  » du mois d’août 1996, dont il répète qu’il ne concernait aucune affaire de pédophilie, provient du même sentiment. La phrase était née parce qu’il avait cru son indépendance mise en cause, sur un plateau de télévision :  » Cela m’avait vexé, j’en conviens. « 

Justification, voilà donc la principale raison d’être du livre. Il en est certainement d’autres, comme une volonté d’améliorer les choses, dite avec une sincérité troussée de ce franc-parler qu’on lui connaissait déjà.

Bref, c’est un homme sensible et, partant, plus fragile qu’on ne l’imagine qui se livre. Avec, comme la plupart de ses congénères, ses demi-teintes.

La Traque au loup, Michel Bourlet, éd. Luc Pire, 254 p.

ROLAND PLANCHAR

la principale raison d’être du livre : la justification

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