Métal ou toile

L’an dernier, en Belgique, la vente de cabriolets a augmenté de 37 %. Dans un marché automobile pourtant stabilisé, cette progression est essentiellement due au succès écrasant des coupés.

La hausse spectaculaire de la vente de cabriolets est prioritairement due à la concurrence sans merci que se livrent toutes les marques automobiles. Elles ne se font pas de cadeaux et se battent pour la suprématie dans le domaine bien précis des cabriolets. Ces modèles ont toujours existé, mais leur marché a été longtemps le terrain privilégié d’un nombre réduit de marques : quelques grands noms seulement, mais aussi plusieurs petits constructeurs anglais. Ces derniers ne produisaient qu’une poignée de cabriolets par semaine, certes des merveilles d’artisanat, mais très chers, peu fiables et difficiles d’entretien.

Le constructeur Mercedes a été l’une des premières marques de proue de ce créneau. Au début du siècle dernier, la firme allemande a ouvert la voie en produisant, dès 1903, la Simplex Touring Car et la Simplex Phaeton, des modèles légendaires qui sont les véritables pionniers du cabriolet moderne. En France, Peugeot a joué un rôle identique. C’est la société de Sochaux qui, la première dans les années 1930, a introduit une capote en acier sur la 401 Eclipse. Il est d’ailleurs inexplicable que Peugeot ait laissé, trois quarts de siècle plus tard, à la Mercedes SLK, l’avantage de reprendre ce procédé. Depuis, le constructeur français a toutefois repris la main : aujourd’hui, la Peugeot 207 CC trône en tête de la liste des cabriolets les plus vendus. Celui-ci séduit tout particulièrement les femmes, les premières intéressées par ces élégants petits bolides.

Musée des Beaux-Arts

Avec la troisième place au hit-parade des ventes, la Renault Mégane CC obtient également un bon score. Ainsi, ce sont les constructeurs français qui ont forcé les portes du marché des coupés et cabriolets, en produisant des modèles fonctionnels, avec un moteur fiable et à des prix accessibles pour un public plus large. Le coupé-cabriolet résiste à tous les caprices météorologiques et est donc un véhicule de toute saison. En hiver, on roule en coupé (voiture fermée à 2 places et à 2 portières) et, en été, en cabriolet (voiture décapotable). L’hégémonie de Peugeot et de Renault est toutefois de plus en plus contestée. Désormais, dans ce secteur, les constructeurs français doivent accepter la concurrence de toutes les marques, à l’exception de Hyundai, de Seat et de Skoda.

Dans cette âpre lutte, le maître atout est la séduction du design. En effet, ces engins attrayants font rêver et suscitent de fortes émotions. Il faut donc plaire pour réussir. Mais le beau est subjectif… Toute une série de cabriolets à capote toilée sont cependant reconnus de manière unanime comme des exemples majeurs de l’élégance automobile : les classiques Alfa Romeo Spider, Aston Martin roadster, Audi TT roadster, BMW 1 cabrio, Honda S 2000, Mazda MX5, Opel GT, Porsche 911 cabrio, VW Beetle cabrio et Wiesmann roadster… D’autres modèles, comme l’Aston Martin DB9 Volante, la Bentley Azure, la Jaguar XK cabrio, et la Saab 9-3 cabrio offrent même une ligne d’une élégance si séduisante qu’ils mériteraient une place dans un musée des Beaux-Arts !

Une capote toilée est compacte, flexible et légère. Elle s’enroule et se déroule rapidement. Elle coûte moins cher que le hard-top, la toiture en métal. Enfin, décapotée, elle offre au conducteur la sensation d’une sensation plus intense avec le grand air, ce que recherchent tous les fanas de ces voitures. En revanche, la toile est sujette à l’usure et invite au vandalisme…

Au royaume de la pluie

Le royaume britannique est à la fois celui de la pluie et… du cabriolet. Malgré le climat peu propice, ce pays compte des véritables passionnés de ce véhicule. Ils ne craignent ni la pluie ni le vent, et décapotent dès le premier rayon de soleil. Et, quelle que soit la fragilité de la toile, le fana anglais la préfère généralement à un toit amovible, tradition oblige. Car il faut reconnaître que les premiers cabriolets munis d’un hard-top n’égalaient nullement le design plus raffiné des modèles à capote tissée. Pour offrir la place au toit amovible, lourd et encombrant dans ses premières constructions, ces cabriolets présentaient un arrière-train fort démesuré et inélégant, telles la Lexus SC 430, la Mitsu-bishi Colt CZC et la Nissan Mi- cra CC. Est-ce par hasard qu’il s’agisse de marques japonaises ? En tout cas, ces constructeurs n’ont pas pris conseil auprès des designers italiens, riches des meilleures références et de la plus grande expérience en la matière.

Longtemps, en effet, les Bertone et autres Pininfarina ont fourni non seulement le design de la voiture, mais aussi l’ensemble de sa conception. Depuis, les temps ont changé. Tout comme pour leur collègue allemand Karmann, leur avenir s’assombrit. Toujours plus nombreuses, les marques européennes possèdent elles-mêmes leur propre bureau de création et ne cèdent plus la production à des tiers. Elles veulent davantage maîtriser leurs projets et exercer le contrôle sur la qualité de leur produit. Ainsi, au fil du temps, le toit amovible ne s’est plus avéré un obstacle insurmontable pour créer des modèles aux lignes plus fluides et plus séduisantes, à l’instar de la BMW 3 cabrio, de la Ford Focus CC, de l’Opel Astra Twin Top ou de la VW Eos. Rien ne permettra toutefois au coupé-cabriolet de devenir un jour une petite voiture familiale. Le coffre se révélera toujours trop exigu. D’autre part, un toit amovible en dur provoquera toujours un surplus de poids et de consommation.

Alors, toit amovible ou toile ? L’un et l’autre ont leurs avantages et inconvénients, mais le coupé-cabriolet s’est forgé un succès si écrasant que la conclusion impose d’accorder la victoire au premier. Heureusement, avec Audi à leur tête, plusieurs marques restent résolument fidèles à la capote en toile et au potentiel d’élégance supérieur qu’elle offre.

U.V.

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