Melchior Wathelet – Au nom du père

A 30 ans, Melchior Wathelet Jr est ouvert et convivial, mais il manque encore de charisme et d’expérience. Il espère bien faire partie de la future  » équipe Leterme « . L’occasion de prouver qu’il est davantage qu’un prénom et un patronyme connus. l

Lorsque la présidente du CDH Joëlle Milquet l’a rencontré, quelques mois avant les élections fédérales de mai 2003, pour lui enjoindre de se présenter, nul doute qu’elle a dû, comme à d’autres, lui faire miroiter un avenir radieux au CDH. Melchior Wathelet a mordu très vite à l’hameçon, croyant dur comme fer à sa bonne étoile : il se voyait déjà ministre à 26 ans, à l’instar de son père… Mais, en 2004, lorsque le CDH renoue avec le pouvoir en Région wallonne, il ne fait pas partie des heureux élus. Stupeur ! Rebelote en décembre 2007, lorsque Joëlle Milquet sort Josly Piette de son chapeau comme ministre de l’Emploi et laisse l’élu de Verviers sur le carreau. Stupeur et tremblements dans les couloirs du Parlement ! Wathelet Jr cache difficilement son courroux. La troisième fois ne peut donc être que la bonne. Parfaitement bilingue, il se verrait ministre, voire vice-Premier ministre. Il devra peut-être se contenter d’un secrétariat d’Etat. La faute à sa  » jeunesse  » en politique, qui le handicape presque autant que le poids de son héritage familial : il ne fait décidément pas partie des  » Milquet Boys « .

Car son expérience politique est aussi mince qu’une feuille de papier de cigarette, ou presque. Après une licence en droit à l’UCL et un master en droit européen en Grande-Bretagne, il se destine à une carrière d’avocat. Il s’inscrit au barreau de Liège et entre au cabinet Matray, où il reste deux ans. En 2003, quand la grâce présidentielle le propulse à la Chambre, sans qu’il ait jamais milité au sein du parti, il est rattrapé par le virus de la politique. Oubliée la carrière d’avocat, il sera ministre, comme papa. En attendant la belle aventure, il se voit désigner chef de groupe à la Chambre et vice-président du CDH : un lot de consolation.

L’homme, qui a gardé l’allure du scout qu’il fut jusqu’à la fin de ses études universitaires, a plein de qualités. Intelligent, convivial, sympathique, doté d’une grande capacité d’écoute, consensuel.  » Un peu trop consensuel parfois, lâche le député wallon verviétois René Thissen (CDH). Dans le jeu politique, il faut savoir s’affirmer. Mais le temps joue en sa faveur.  »  » Il a du potentiel, lance un élu libéral, mais il ne sait pas imposer ses décisions. Il a peur de son ombre et hésite à trancher sur certains dossiers. Faire de la politique, c’est aussi savoir se faire des ennemis.  » Melchior Wathelet peine en effet à s’affirmer. Conduit par Joëlle Milquet à Val Duchesse, il ne pipe mot à la table des négociations. Il échoue à prendre le leadership du CDH en province de Liège, alors que Marie-Dominique Simonet, ministre communautaire et régionale, lui laisse un boulevard. Il réalise un score médiocre aux élections communales, après avoir contesté, sans succès, la tête de liste. Cela est dû, en partie, à son attitude ambiguë dans le dossier du futur centre commercial de Verviers (où Foruminvest présentait un projet de recouvrement de la Vesdre) défendu par les socialistes et rejeté par le CDH. Marc Elsen, ancien échevin CDH, jure qu’il n’existe aucune divergence de vues entre lui et Melchior Wathelet, ce que confirme l’association Vesdre-Avenir. Mais, en coulisses, les choses sont plus nuancées : Wathelet semblait davantage enclin à discuter du projet de Foruminvest et aurait même pris des contacts avec Claude Desama (PS) pour arriver à un accord.  » Pendant un an et demi, il a soutenu le projet Foruminvest puis il a retourné sa veste après les déclarations de Lutgen « , tonne le bourgmestre de Verviers. Démenti cinglant de la part des élus CDH qui accusent Desama de semer la zizanie dans le camp CDH.

Il n’empêche, Melchior Wathelet, qui est aussi conseiller communal à Verviers, ne se pose pas, ou pas encore, en patron. D’autant qu’il est considéré comme le  » fils de  » inapte à couper le cordon ombilical. Melchior père  » guide  » son rejeton pas à pas, contribuant à brouiller une image déjà falote.  » En 2003, je n’étais que le fils de mon père, maintenant, j’ai pris plus d’assurance « , affirme pourtant le jeune ambitieux qui lâche cette phrase éclairante :  » Je l’appelle moins souvent.  » Quant aux tentatives maladroites de  » recaser  » le père après le refus de Milquet de l’intégrer sur la liste européenne, elles prêtent toujours à sourire dans le camp humaniste.

Melchior Wathelet Jr a encore tout à prouver. Il a un nom connu, un père reconnu et un look de vieux qui rassure dans une région plutôt riche, où une part de l’électorat est très sensible à des idées plus conservatrices. Mais il n’est pas encore parvenu à convaincre ses amis du CDH ni, a fortiori, ses adversaires politiques. La version officielle dépeint un CDH pacifié grâce aux succès engrangés par Joëlle Milquet, alors que les tensions liées à la  » guerre de succession  » existent bel et bien. Melchior Wathelet se dit copain avec tout le monde, mais n’est pas tout à fait accepté par les milquetistes. Non qu’il ait des penchants conservateurs – il n’y a plus vraiment d’aile droite et d’aile gauche antagonistes au CDH – mais parce que, tout simplement, il ne fait pas partie de la garde rapprochée de la présidente. Il n’est donc guère étonnant que des tensions, notamment entre André Antoine, qui pourrait bien vouloir prendre les rênes du CDH, et Melchior Wathelet se fassent jour.  » Le faire monter comme ministre, ce serait une manière de le neutraliser à l’intérieur du CDH, juge un cacique du parti. Il a du potentiel, mais il a commencé trop tôt, trop vite et s’est positionné trop rapidement comme ministrable.  » Bref, il s’est brûlé les ailes avant de prendre son envol. Pour lui, le défi est énorme.

Frédérique Piron

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