Marc Laho, retour à Liège

Barbara Witkowska Journaliste

Très rare en Belgique, le célèbre ténor originaire de Seraing vit à Paris et fait une grande carrière dans l’Europe entière. Il sera Don José dans Carmen de Bizet à l’Opéra royal de Wallonie. Rencontre avec un artiste tonique.

On prend un café en face de l’Opéra. Tout sourire, Marc Laho parle à toute allure d’une voix chantante, avec un enthousiasme communicatif.  » Je chanterai dans Carmen pour la première fois, c’est un grand challenge. Mon répertoire a changé, il y a trois-quatre ans, car ma voix est arrivée à maturité et a pris de l’ampleur. Avant, j’étais lyrique léger. Aujourd’hui, je suis lyrique à part entière et je peux aborder des rôles plus importants, comme Carmen, Butterfly de Puccini ou les Contes d’Hoffmann d’Offenbach. On m’a proposé Carmen il y a dix ans, j’ai refusé. On peut se casser la voix car, dans Carmen, il faut y aller ! C’est l’un des plus grands rôles, auquel tous les grands ténors se sont mesurés. Selon moi, Roberto Alagna est le meilleur. J’espère pouvoir le dépasser ! ( rires)  »

Sur scène à 12 ans

Né à Seraing en 1965, Marc Laho a pris son temps pour venir à l’opéra. Enfant, ce qui l’intéresse plutôt, c’est… jouer de la trompette. Très tôt, il cumule les honneurs, monte sur scène à 12 ans, décroche le premier prix de trompette au conservatoire de Liège un an plus tard. De l’école, il s’éclipse très vite, préférant apprendre un  » bon métier « , celui de menuisier-ébéniste. Son rêve ? Partir aux Etats-Unis et swinguer dans une grande formation de jazz. Chez Glenn Miller, par exemple. Son  » american dream « , heureusement pour nous, tournera court lorsque son père, choriste à l’opéra de Liège, lui propose faire de la figuration dans La Mélodie du bonheur. A l’audition, Marc Laho chante L’important, c’est la rose en version jazz. Et apprend qu’il a une voix  » très chaleureuse  » et qu’il faut la travailler. Suit un apprentissage rapide et ascendant : cours de langues et de chant à l’école des ch£urs fraîchement inaugurée à Liège, stage à l’opéra comme choriste, bourse d’études lui permettant de travailler avec un grand ténor de son choix. Ce sera Alain Vanzo puis le baryton Gabriel Bacquier. Ebloui par cette voix  » magnifique « , Bacquier le fait entrer à l’opéra de Monte-Carlo où il reste deux ans. Les débuts sont modestes, mais en compagnie de Montserrat Caballé et Pavarotti, tout de même. Après une audition à l’opéra de Marseille, il démarre une carrière de soliste qui le mènera aussi à Nancy, à Lyon, à Toulon et à Dijon.

Le grand tournant vient en 1998. Au Festival de Glyndenbourne, il interprète le rôle titre du Comte Ory de Rossini, dans une mise en scène de Jérôme Savary. Un tout grand premier rôle dans un tout grand opéra. Depuis lors, sa voix chaleureuse fait un triomphe partout.  » Je donne tout ce que je ressens en moi. Je donne tout ce que j’ai dans mon c£ur et dans mes tripes au public.  » L’autre raison du succès ? Sa véracité et son authenticité. Marc Laho ne se contente pas de chanter, il doit  » habiter  » réellement le personnage.  » Le duc de Mantoue dans Rigoletto, je n’aime pas, j’ai toujours dit non. La Bohème, je ne me sens pas prêt. Et je ne chanterai jamais Otello ou Turandot, rôles réservés aux ténors dramatiques.  » Madrid, Berlin, La Scala, Zurich, Lausanne, Genève, Barcelone, Prague… l’Europe entière l’acclame et le réclame… En revanche, il n’a jamais chanté dans les deux opéras de Paris (des projets se dessinent pour 2011), ni…. à la Monnaie. Nul n’est prophète en son pays.

Carmen de Georges Bizet à l’Opéra royal de Wallonie, du 18 au 31 décembre. Marc Laho sera Don José les 28 et 30 décembre et le 8 janvier 2011 au palais des Beaux-Arts à Charleroi. www.operaliege.be

Retransmission en direct sur Internet le 21 décembre : www.dailymotion.com/orw

DVD : Le Comte Ory de Rossini, Lucia di Lammermoor de Donizetti, Les Contes d’Hoffmann et I Puritani de Bellini.

BARBARA WITKOWSKA

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