L’ultime bataille de Napoléon

Antoine de Caunes nous emmène à Sainte-Hélène pour un Monsieur N., où l’empereur en exil s’invente un dernier mystère

S’il y a bien un endroit où l’on n’attendait pas Antoine de Caunes, c’est au confluent du film en costume et du mystère historique ! Autant Les Morsures de l’aube, première réalisation du sémillant journaliste, écrivain et vedette du petit écran, semblait un choix logique avec son atmosphère noctambule, ses dérives vampiriques et son humour décapant, autant Monsieur N. surprend dans la trajec- toire d’un créateur, certes polymorphe, mais dont le nouveau film en étonnera plus d’un.

Le sympathique Antoine s’est donc pris d’un intérêt fervent pour le scénario de René Manzor où s’échafaude une hypothèse sur la fin de Napoléon. On le sait, les théories ne manquent pas quant aux détails de la mort de l’empereur, captif des Anglais, mort de cause naturelle ou des suites d’un empoisonnement. L’idée de Monsieur N. est que celui que ses geôliers appelaient général Bonaparte (du seul titre qu’ils lui reconnaissaient encore) n’est peut-être pas enterré dans le cercueil qu’on croit, et que les cendres transférées en grande pompe à Paris et désormais conservées aux Invalides pourraient bien être celles d’un autre…

Nous n’évoquerons pas ici les détails dévoilés un à un par le film. Ce serait gâcher un plaisir qui, même modeste, est au rendez-vous. Monsieur N. compose un spectacle en effet intrigant, pas vraiment captivant (il aurait fallu plus de force et un peu moins de gras), mais intéressant jusqu’au bout. Les atouts d’Antoine de Caunes résident dans les décors naturels sauvages de l’île où tout se joue, dans l’interprétation, surtout, d’un Philippe Torreton formidable dans un rôle difficile. Le comédien fait merveille en souverain déchu mais conservant toute son intelligence tactique et s’imaginant, au c£ur de sa résidence extrêmement surveillée de Sainte-Hélène, une ultime bataille au déroulement d’autant plus subtil que l’ennemi reste ignorant des man£uvres comme des enjeux réels de la chose… A ce petit jeu de pouvoir tout à la fois génial et mesquin, Torreton brille d’une sombre résolution, d’une force que l’espace réduit, claustrophobique, du dernier  » carré  » des fidèles rend plus sensible encore. Derrière la caméra, Antoine de Caunes filme sobrement, attentivement, avec une élégance classique qui sied à son sujet. S’il n’évite pas quelques longueurs et lourdeurs typiques du cinéma historique lorsqu’un souffle visuel constant ne l’habite pas, son travail confirme clairement les qualités de réalisateur annoncées par Les Morsures de l’aube. Ayant affiché sa liberté de choix et son souci de ne pas limiter la gamme de son inspiration, de Caunes pourrait bien nous surprendre encore à la prochaine occasion. On n’en attend pas moins de celui qui a fait de sa versatilité une qualité première, dans un esprit… anglais, opposé au fâcheux souci de cohérence bridant tellement d’artistes français, condamnés (par eux-mêmes) à creuser toujours le même chemin, au risque de le transformer en ornière…

L.D.

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