© Courtesy Maruani Mercier

Long Pink Hair (2021) de Kwesi Botchway

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Une jeune femme alanguie nous regarde avec cette innocente indifférence que confère la beauté. Le titre nous précise que ses cheveux sont roses – on sait combien ces colorations sont devenues l’étendard d’une jeunesse qui n’entend pas s’en laisser conter – mais l’on a peine à y voir autre chose qu’un bandeau enrobant sa chevelure. Sans doute est-ce cette volonté inconsciente d’élire là une « Joconde noire » en référence à la Joconde du Nord, célèbre Jeune fille à la perle peinte par Vermeer. Soit une oeuvre qui transcende les singularités individuelles pour atteindre une pure idéalité, dans le cas présent celle de la « blackness ».

Cette percutante huile sur toile, ponctuée d’acrylique, qui s’affiche dans un format imposant (200 cm x 168 cm) est signée par Kwesi Botchway (1994, Accra, Ghana). On dit de lui qu’il relèverait de cette mouvance artistique auquel les Anglo-Saxons ont donné le nom de « West African Renaissance ». Il est vrai que ce courant, paradoxalement parti des Etats-Unis, sacre une certaine approche du portrait auquel souscrit l’intéressé. Celle-ci entend rappeler à tous, dans la foulée de la mort de George Floyd, que les vies noires sont importantes et qu’il incombe aux artistes de forger des représentations de premier ordre aux corps noirs – l’histoire de l’art en manque cruellement, elle qui a toujours relégué les personnes racisées à l’arrière-plan.

A la faveur de cette scène d’intérieur, le peintre ghanéen signe une épiphanie radieuse dont les yeux couleur de crépuscule disent un mystère complémentaire jamais aperçu dans les iris délavés par les tristes tropiques. Il y a aussi ces bijoux, particulièrement les boucles d’oreille, dont Botchway a inventé les formes en s’inspirant des artisanats des quatre coins de l’Afrique. Et puis, cette peau qui oblige le regardeur à s’approcher. L’artiste ne l’a pas voulue marron, dont on sait combien les nuances peuvent être le prétexte de fallacieuses hiérarchies, mais intensément noire et comme jaspée de dessins bleu nuit façon henné. On notera aussi la lèvre inférieure orange à la sensualité lascive qui hante immanquablement les visages de Botchway. Ce portrait et d’autres tout aussi troublants sont à retrouver à l’exposition Rumors of Blackness (1).

(1) A la galerie Maruani Mercier, à Bruxelles, jusqu’au 16 avril.

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