L’ombre de  » Titid « 

C’est un pays dévasté par la misère et la violence qui va voter. Sous le regard revanchard du président déchu

Les esprits candides s’en tiendront aux dates et aux chiffres. Le 7 février, plus de 3 millions d’Haïtiens sont appelés à élire un président et 129 députés et sénateurs, à la faveur du premier tour de scrutins initialement prévus le 15 novembre 2005, reportés quatre fois depuis lors. Et censés mettre un terme au mandat de Gérard Latortue, Premier ministre par intérim depuis l’éviction, le 29 février 2004, de Jean- Bertrand Aristide. On recense 34 prétendants à la magistrature suprême, inconnus pour la plupart, et 1 300 candidats parlementaires. D’autres statistiques dépeignent plus justement le sort d’Haïti : l’espérance de vie y atteint à peine 50 ans, le chômage frappe un actif sur deux et les deux tiers des 8 millions de citoyens de ce fragment d’île des Caraïbes ont la misère pour compagne. Eux souffrent en silence, aux prises avec une énigme qu’aucune science exacte ne saurait résoudre : qu’est-il advenu des centaines de millions de dollars et d’euros engloutis pour sauver le pays du naufrage ?

Soyons équitables. On déniche quand même sur cette terre envoûtante quelques métiers d’avenir – chef de gang, narcotrafiquant et croque-mort – et une industrie prospère, le kidnapping. Souvent liés à  » Titid « , l’ancien président en exil, les voyous armés règnent ainsi sur Cité-Soleil, le quartier cloaque aux 300 000 habitants de Port-au-Prince. Quant aux 8 500 Casques bleus de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), militaires et policiers, ils n’ont jamais réussi à rétablir un semblant d’ordre. Mission à risques : neuf soldats de la paix, dont quatre Jordaniens, ont péri sous les balles des tueurs depuis juin 2004, et le général brésilien qui commandait la force, très critiqué pour son manque d’audace, a été retrouvé mort le 7 janvier dans sa chambre d’hôtel. Suicide, paraît-il. Les rapts peuvent être purement crapuleux, tels ceux des trois Français, dont une religieuse octogénaire, enlevés le 25 janvier et libérés deux jours plus tard. Ou politiques, comme celui du journaliste Jacques Roche, torturé puis assassiné. A moins qu’ils ne témoignent de la reconversion de caïds colombiens du crack et de la cocaïne. La police locale ? 50 de ses membres ont été arrêtés pour avoir trempé dans les prises d’otages.

L’ombre d’Aristide, traité dans son refuge sud-africain avec les égards dus au chef d’Etat qu’il n’a jamais su être, plane sur la patrie meurtrie. Et ce n’est pas fini. Le favori de la présidentielle ? Le revenant René Préval, fidèle du prêtre dévoyé. l

Vincent Hugeux

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