Le Vif
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Ce n’est peut-être pas un hasard si la disco, et par ricochet la house, ont infiltré si profondément la pop music actuelle. De Dua Lipa à Beyoncé, c’est comme si les charts ne pouvaient plus s’en passer. Une bonne dose d’hédonisme dance en plein marasme, qui s’en plaindra? Mais ce n’est sans doute pas la seule raison. Nées dans les boîtes gay noires, la disco comme la house sont aussi des musiques libératrices, célébrant les différences. En cela, elles constituent le parfait carburant d’une pop qui a elle-même pris à cœur, ces dernières années, d’assumer plus franchement son propre potentiel d’émancipation. L’un des meilleurs exemples est sans doute Lizzo. Avec le carton de son troisième album, Cuz I Love You, en 2019, porté par le tube Juice, la chanteuse est devenue une vraie star. Et au-delà, une figure pop centrale, engagée contre les discriminations de race et de genre, luttant contre l’homophobie et plus encore la grossophobie. Certains y verront une manière opportuniste de se greffer sur l’air du temps. Pourtant, il y a un peu moins de dix ans, quand Lizzo rappait encore davantage qu’elle ne chantait, ses textes évoquaient déjà ces thématiques. Aujourd’hui, elle les a embrassées au point de devenir une icône de l’acceptation de soi et du body positivism.

EN MISSION

Quand certains ont reproché à Grrrls, le premier single de son nouvel album, d’inclure un terme dénigrant pour les personnes atteintes de paralysie faciale («spaz», utilisé dans la chanson comme synonyme de «fou»), Lizzo n’a donc pas tergiversé: après avoir présenté ses excuses, elle a directement changé les paroles du morceau. « En tant que femme noire grosse en Amérique, a-t-elle précisé sur ses réseaux, on a utilisé énormément de termes blessants à mon égard, donc je comprends le pouvoir que les mots peuvent avoir (qu’ils soient prononcés de manière intentionnelle ou pas, comme c’est mon cas).»

Special enfonce le clou planté par son prédécesseur, toujours avec panache. Musicalement déjà, Lizzo repart sur une pop disco funky eighties, à la Bruno Mars. Le refrain de 2 Be Loved (Am I Ready), par exemple, a vaguement des airs de Flashdance, tandis que l’irrésistible single About Damn Time ne fait même pas semblant de cacher sa passion pour Chic. Ailleurs, Lizzo lance un clin d’œil à Lauryn Hill (Break Up Twice) et se permet même de sampler Coldplay sur le titre éponyme, ballade soul rappelant par exemple Angie Stone. On multiplie les références, mais c’est bien Lizzo la star de l’album. Ainsi, sur Grrrls, par exemple, elle reprend la rengaine de Girls, l’un des morceaux les plus sexistes des Beastie Boys (ils ont été les premiers à l’admettre), pour en faire un hymne féministe. Malin. Plus que jamais, Lizzo est en mission et sa musique ne dévie jamais de sa volonté d’à la fois rassurer et rassembler. Quitte parfois à ne plus être très loin de la chanson slogan ou du tube mème calibré pour TikTok. Mais jamais au point de mettre en doute la sincérité de la démarche.

Distribué par warner.

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